Point Zéro
Chapitre 28
2 mars 2018 -12 h 49 UTC
C’était presque trop facile.
La sépulture qu’ils étaient en train de déblayer ne présentait pas le moindre signe distinctif. Après l’avoir débarrassée de la neige qui la recouvrait, ils n’avaient trouvé qu’un monticule de terre affaissé par le temps, sans ornement ni marque d’identification. Et si la vieille planche en bois à moitié pourrie qui se dressait à sa tête avait jamais comporté une inscription, soixante–dix ans d’exposition aux intempéries l’avaient effacée depuis belle lurette. Avec ses murets de ciment et sa modeste colonne de granit, la tombe de Sir Ernest Shackleton qui se dressait juste à côté avait par contraste un aspect presque fastueux.
Caleb et ses deux amis travaillaient depuis une demi–heure et leurs outils avaient déjà extrait près d’un mètre de déblais. Ils s’étaient plus ou moins attendus à rencontrer un sol dur comme du roc, mais on était encore à plusieurs semaines des grands froids de l’hiver, et la terre gardait une consistance meuble et facile à creuser. Avec pour conséquence que le travail avançait plus vite que prévu.
Bien trop vite, pensa Caleb.
Les trois hommes faisaient ce qu’ils pouvaient pour ralentir leur ouvrage sans que ce soit trop flagrant, bien conscients que Baranko les ferait abattre à peine le travail terminé – les plaisanteries que l’officier russe avait échangées avec ses hommes et que Joshua leur avait traduites à mi–voix ne laissaient aucun doute à ce sujet.
« On fait quoi, quand on arrive au cercueil ? murmura le Néo–Zélandais entre deux coups de pioche.
— Je te dirai ça dès que j’aurai trouvé », lui répondit Caleb.
Mais il ne se berçait pas d’illusions. La qualité de l’entraînement des spetsnaz n’a rien à envier à celle des SAS ou d’autres troupes d’élite – à cette différence près que le pourcentage de casse autorisé est beaucoup plus élevé –, et les types qui se relayaient pour les garder seraient très difficiles à abuser. Leur surveillance ne s’était relâchée qu’une seule fois, dix minutes plus tôt, quand ils avaient été survolés à très basse altitude et à plusieurs reprises par un ou plusieurs avions de chasse.