Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 114 sur 319

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Point Zéro

13 h 15 UTC

Mais le résultat fut spectaculaire.

Deux secondes après l’impact, une gigantesque ligne de fracture apparaissait à la surface du plateau glacé ; l’instant suivant, toute la partie supérieure de la falaise se détachait sur près de cent mètres de longueur, précipitant en contrebas soixante mille mètres cubes de glace et de neige molle dans un fracas de fin du monde.

Une pensée saugrenue traversa l’esprit du sergent Darjiev alors que son corps basculait dans le vide.

On a bien salopé la banquise. Mais ils viennent de passer l’aspirateur.

 

13 h 15 UTC

 

Ils avaient moins de cinquante pas d’avance sur le monstre lorsqu’ils atteignirent l’entrée de la galerie. Caleb soutenait une Poppy Borghese encore à moitié sonnée et dont la combinaison s’ornait maintenant d’impressionnantes traces d’impact ; One-Shot, toujours muni de son M82, les suivait en grimaçant de douleur et en claudiquant aussi vite qu’il le pouvait.

Le grand balèze qui guettait près de l’ouverture – un nommé Bret Johansson, ceinture noire de taekwondo et spécialiste du combat à l’arme blanche, se souvint Caleb – les regarda arriver d’un air alarmé. Tout en ayant, à l’évidence, du mal à comprendre comment le vieux type à poil qui courait derrière eux pouvait les effrayer à ce point. « Il n’y a que lui ? leur lança–t–il.

— Ça suffit largement, Bret, haleta Poppy. Ne restez pas là !

— Je m’en occupe, miss, répondit le costaud. Allez vous mettre à l’abri là–dedans.

— Non !…» dit la jeune femme d’une voix suppliante. Mais déjà Caleb la traînait à l’intérieur.

 

13 h 15 UTC

 

— « Ils l’ont trouvé, monsieur, répéta dans l’écouteur la voix dépourvue d’inflexion. Avant nous. Et les Russes également. »

L’homme qui tenait le combiné téléphonique essayait de rassembler ses esprits. Il se remémorait, à la syllabe près, les quelques mots hachés que son prédécesseur lui avait murmurés à l’oreille juste avant d’être admis au bloc opératoire, ce jour funeste à Baltimore. Sur le moment, il avait cru qu’il s’agissait d’une fable – ou du délire d’un mourant.