Point Zéro
16h 39 UTC
— Tu as raison, sourit l’autre en se levant et en jetant son mégot. Cette foutue lance pèse des tonnes. Tu t’y colles pour le prochain quart ?
— Ça marche », dit Spivak en saisissant le gros tube métallique. Le sous-officier ralluma la torche, et l’extrémité du tube se mit rapidement à rougeoyer. « De toute façon, ajouta–t–il en réglant le débit du gaz ionisé, ça devrait se régler très vite demain matin. Et sans que nous ayons à prendre le moindre risque.
— Pourquoi ?
— Parce que ces connards de démocrates sont tous les mêmes. Dès que nous aurons commencé à buter leurs copains, ils se rendront comme un troupeau de moutons. »
16h 39 UTC
Un nouveau laboratoire. Une nouvelle déception.
Le petit groupe – amputé de One-Shot et Joshua qui avaient préféré aller jeter un coup d’œil au Dornier – se déplaçait de salle en salle, mais le spectacle était toujours le même : dans l’immense tombe congelée, le temps paraissait s’être figé soixante–dix ans plus tôt. Tout l’équipement scientifique était dans un état de conservation hallucinant, la verrerie était étincelante et aucune tache de rouille ne déparait les surfaces métalliques. Il n’y avait même aucune trace de poussière, comme si l’aspirateur avait été passé la veille.
Mais tout semblait sorti d’un vieux film de science-fiction des années cinquante. Dizaines de machines énigmatiques aux capots émaillés de blanc ou revêtus d’une peinture vert foncé granuleuse. Téléphones en bakélite. Grosses armoires électriques remplies de kilomètres de câbles en cuivre et de relais antédiluviens. Paillasses à carreaux de céramique surmontées de hottes aspirantes en bois. Aucun ordinateur, bien sûr, et très peu d’écrans cathodiques. Les interfaces utilisateur des machines se limitaient à d’interminables rangées de cadrans à aiguilles ou à d’énormes imprimantes électromécaniques de la taille d’un catafalque.
Il n’y avait guère de signes des débordements de violence aveugle qui avaient eu lieu dans les autres secteurs de la base. Par contre quelque chose manquait, et ce de façon de plus en plus criante à mesure qu’ils progressaient d’une pièce à l’autre.