Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 12 sur 319

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Point Zéro

13 h 45 UTC

— Vous bluffez encore ! Mon frère…

— Vous avez raison de penser à lui, la famille c’est très important… fit Bernstein d’un ton bonhomme. D’ailleurs, il ne faudrait jamais avoir de secrets dans une famille, ça n’est pas sain… Votre frère, le général Norton Tsvangiwi, serait absolument ravi d’apprendre que l’année dernière, près de deux tonnes d’or – soit tout de même 6 % du produit de cette exploitation – se sont mystérieusement évaporées et que le produit de leur vente a tout aussi mystérieusement atterri sur un compte numéroté à la Bessemer Trust Company basée aux îles Caïmans. Le patron de la Bessemer a un swing déplorable, mais c’est un de mes bons amis. Les amis c’est comme la famille, très important… Pouvons-nous maintenant compter sur votre collaboration ? »

Le directeur parut frappé par la foudre. Il resta planté de longues secondes sans rien dire ; sa peau sombre avait viré au gris.

« Foutez le camp de mon bureau ! » finit–il par articuler d’une voix éteinte.

 

13 h 45 UTC

 

Poppy Borghese fit quelques pas à l’écart, le temps de digérer l’information. Elle avait suffisamment crapahuté en milieu hostile pour savoir que les deux membres de la Hard Rescues disaient vrai. Nul ne pouvait survivre à plus d’une journée dans l’ambiance thermique d’un sauna, point barre. Le bon sens et la prudence commandaient d’en rester là ; le problème était que ces deux qualités ne faisaient pas précisément partie de son catalogue. Elle se retourna vers le couple :

« Vous avez sans doute raison. Néanmoins, je souhaiterais me rendre compte par moi–même.

— Vous perdez votre temps, dit Joshua Tewaru. Merci d’avoir fait le déplacement, quelles que soient vos motivations, mais il n’y a aucune…

— Écoutez-moi bien, répondit Poppy un peu plus sèchement qu’elle ne l’aurait souhaité. Mon patron a engagé de gros moyens pour cette opération. Il n’est pas du genre à se contenter d’un faire-part de décès. Je veux descendre moi–même dans cette mine pour vérifier que McKay est bien mort ; si c’est le cas, vous serez peut–être contents que je vous ramène son cadavre, comme ça vous pourrez l’enterrer dignement…»

Du calme, Poppy. Ces gens sont de ton côté, inutile de les braquer !

Réalisant qu'elle était allée trop loin, elle reprit d’un ton radouci : « Pardonnez-moi, je vois que vous êtes tous les deux à cran. J’ai bien compris que ses chances de survie sont minimes, mais je n’ai pas l’habitude d’abandonner une mission avant son terme. Dites-moi juste comment descendre dans cette foutue mine ».

Gretchen Vogt la regarda de longues secondes avant de répondre : « Les options sont très limitées. L’accès au réseau d’exploitation se fait par les deux ascenseurs qui se trouvent dans les tours de chevalement. L’ascenseur numéro un est destiné au transport des mineurs ; il a été endommagé au moment de la secousse d’hier soir et est actuellement H.S.. Pour ce qu’on en sait, la cabine serait bloquée au fond du puits, et toute la section inférieure du coffrage se serait effondrée dessus. Reste l’ascenseur deux, qui sert à convoyer le minerai en surface. Celui-là semble encore en état, mais une quinzaine de gardes armés en interdisent l’accès…

— Une quinzaine, c’est jouable. Je ne suis pas venue toute seule…

— On s’en doute, mais les gardes ne sont qu’une partie du problème. La machinerie de l’ascenseur se commande depuis l’extérieur. Même si vous parveniez jusqu’au puits, vous ne pourriez pas faire fonctionner la cabine.

— Et il n’y a pas d’autre accès aux galeries ?

— Aucun, désolé. »

Poppy réfléchit une seconde. Quelque chose ne collait pas. Elle rechargea le visuel 3D que Vandell lui avait télétransmis dans l’hélico et se concentra sur l’axe central du réseau souterrain. C’était bien ça : juste à côté des deux puits verticaux qui représentaient les cages d’ascenseur apparaissaient plusieurs autres lignes parallèles beaucoup plus fines, dont au moins deux se prolongeaient jusqu’au niveau le plus profond. À quoi pouvaient–elles bien correspondre ?

« J’ai pu consulter une carte de la mine avant de venir, mentit–elle. Je peux me tromper, mais il me semble avoir vu un réseau vertical secondaire…