Point Zéro
02 h 50 UTC
Kjölsrud était maintenant tout près de lui. Pendant quelques instants, les deux hommes se défièrent du regard tandis que Gretchen continuait à émettre des râles effrayants, puis le milliardaire se releva avec effort : « Voilà tout ce que je pourrais faire. Mais je n’en ferai rien, ça me mettrait au même niveau que les types là dehors », murmura–t–il.
Deux choses se produisirent alors de façon presque simultanée : la visière de Gretchen se referma avec le même bruit sec qu’à l’ouverture. Et Caleb se rendit compte que les articulations de sa combinaison étaient d’un seul coup redevenues souples. Il bondit sur ses pieds et recula prudemment de deux mètres, sans quitter le vieil homme du regard ; à ses côtés, One-Shot et Joshua se redressaient à leur tour en maugréant.
« Merci de ne pas vous jeter tout de suite sur moi, grinça Kjölsrud. Vandell, pourriez-vous aider miss Vogt à rejoindre Viktor et les autres ? Je pense qu'elle a besoin de respirer un peu d’air frais. Et restez-y quelques minutes, vous non plus n’avez pas l’air très en forme. »
Richardson le remercia et quitta la soute en soutenant une Gretchen Vogt qui arrivait à peine à marcher. Le milliardaire se tourna alors vers les trois hommes de la Hard Rescues ; toute fatigue semblait avoir déserté ses traits, et son regard luisait à nouveau d’une excitation démente.
« Je vous demande cinq minutes d’attention, messieurs, déclara le vieil homme en venant se placer juste à côté de l’Œuf. Ensuite, vous prendrez votre décision. »
02 h 50 UTC
Pratiquement insubmersible, la barge de débarquement du Vladimir Karvaiyski était conçue pour affronter les pires tempêtes des mers polaires. Ce qui ne l’empêchait pas d’être ballottée comme un bouchon par les flots démontés.
Aucun des seize Vympel qui se tassaient à l’intérieur n’aurait pourtant songé à se plaindre. Pour ces soldats d’élite entraînés à la survie en milieu extrême, le roulis effrayant de l’embarcation et le vacarme des paquets de mer qui venaient se briser sur sa coque blindée représentaient tout au plus des désagréments mineurs. Certains rigolaient en échangeant des blagues salaces, d’autres fumaient une dernière cigarette avant l’action. La culasse d’un fusil d’assaut claqua bruyamment, couvrant un instant le grondement sourd du gros diesel : tous avaient vérifié leur armement et leurs appareils respiratoires avant d’embarquer, mais nombre d’entre eux ne pourraient s’empêcher de recommencer plusieurs fois avant l’arrivée, avec le souci obsessionnel du petit grain de sable qui suffit à vous tuer.