Point Zéro
03 h 22 UTC
De part et d’autre de la casemate, les falaises de glace étaient déjà en train de s’effondrer dans un fracas de fin du monde. Sous l’éclairage indifférent de la lune, les huit hectares de nanotoile mis en place pour tenter de contenir la pression du glacier résistèrent une demi–seconde supplémentaire puis s’arrachèrent d’un coup dans un hurlement de tissu déchiré et de câbles métalliques rompus ; l’instant d’après, trente millions de tonnes de glace et de neige compactée s’abattaient sur la plage, faisant disparaître à jamais les décombres de la base Roosevelt.
03 h 22 UTC
Les mains serrant à la broyer la roue de direction, Caleb jeta un coup d’œil à son voisin. Celui–ci lui rendit son regard : on y lisait l’incrédulité qu’ils soient toujours en vie.
N’osant encore se détendre, le jeune homme réalisa qu’ils avaient eu une chance extraordinaire. D’abord d’arriver à remettre le Dornier d’aplomb avant que l’extrémité de son aile ne touche les flots. Ensuite de toucher non pas dans un creux de vague – ce qui, vu les dimensions de l’appareil, aurait signifié sa destruction immédiate mais au contraire au sommet d’une déferlante. Enfin que les bouteilles JATO aient eu encore une ou deux secondes de poudre à ce moment ; sans leur poussée additionnelle, l’avion n’aurait jamais réussi à rebondir et à reprendre l’air après ce touch and go acrobatique.
Joshua intervint sur la fréquence commune ; sa voix était blanche : « Combustion terminée pour les JATO. Régime nominal pour les six moteurs. On vole… enfin, je crois.
— Merci, Josh », murmura Caleb.
Pour la première fois depuis qu’ils avaient failli se crasher, il regarda par la verrière devant lui. À trois cents mètres de là, dansant sur une mer d’encre, leVladimir Karvaiyski était la proie des flammes.
03 h 22 UTC
Frappé à mort par le laser qui l’avait atteint dans ses œuvres vives, le brise–glaces n’était plus qu’une épave. Le navire gîtait de près de vingt degrés, et sa poupe s’était déjà enfoncée au point que des paquets de mer venaient maintenant se briser sans interruption sur le pont arrière. Cramponnés à leur rambarde, le général Iazov et Guennadi Baranko contemplaient avec une rage impuissante l’hydravion volant à basse altitude qui se rapprochait lentement.