Point Zéro
13 h 59 UTC
Au même instant, l’hélicoptère bascula d’un seul coup sur tribord, et le fond de caisse heurta durement la surface gelée. O’Donnell termina sa phrase par un juron épouvantable.
13 h 59 UTC
Le genou droit de Poppy Borghese partit comme une fusée et atteignit son adversaire avec précision, juste au–dessous des dernières côtes à gauche. Sans son épais blouson en cuir, l’homme aurait eu la rate pulvérisée ; il tituba pourtant sous l’impact et recula de deux pas, le souffle coupé, avant de chuter lourdement. Avant même qu’il ait touché le sol, elle s’accroupit et son pied gauche entama un fauché fulgurant en direction des chevilles du second type – un colosse norvégien du nom de Westerlund – qui se précipitait sur elle avec une barre de fer. Le géant esquiva de justesse et balança un coup meurtrier de son arme à la tête de Poppy. Ou plutôt à l’endroit où était sa tête un quart de seconde auparavant : la jeune femme avait déjà plongé pour passer sous le moulinet et se trouvait l’instant d’après au contact avec son adversaire, deux doigts raidis en fourchette dardés à cinq millimètres de ses pupilles. Westerlund eut un hoquet de surprise et laissa tomber son arme en levant les deux mains dans un geste de reddition. Derrière eux, un troisième type était accroupi à terre et massait sa nuque avec une mimique douloureuse.
Caleb consulta son chronomètre : trente-sept secondes. Fin du combat. Trois bonshommes au tapis.
C’était la seconde fois qu’il assistait à l’entraînement de Poppy Borghese, mais il n’était pas encore lassé du spectacle – pas plus d’ailleurs que la douzaine de membres de l’équipage rassemblés autour de l’hélipont arrière. La jeune femme pratiquait une forme de close-combat très instinctif, ultrarapide et ultra-agressif. Sa manière de lutter était brutale et dépourvue de tout académisme, aux antipodes des katas figés des arts martiaux orientaux, et ressemblait beaucoup plus à un mélange de krav-maga israélien et de systema russe. La dernière fois que Caleb avait vu des gens se battre de cette façon, c’était lors d’un entraînement conjoint avec le Mossad peu avant l’opération de Natanz ; il en avait touché un mot à Joshua, lui demandant si, à son avis, elle pouvait être d’origine israélienne.