Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 158 sur 319

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Point Zéro

Chapitre 17

 

 

1er mars 2018 – 02 h 40 UTC

 

Les quatre hommes à bout de forces donnèrent une dernière poussée, et l’Œuf s’immobilisa enfin dans son logement. Ils restèrent ensuite un moment silencieux à se regarder d’un air incrédule, tout en essayant avec difficulté de reprendre leur souffle.

On y est arrivés.

Le déplacement de l’énorme machine jusqu’à la soute du Dornier n’avait pas été une partie de plaisir. A peine avaient–ils quitté le laboratoire de Majorana que leur chariot électrique avait rendu l’âme, et ils avaient perdu de longues minutes pour transborder l’engin sur un tracteur de remplacement. Juste après cette opération, Viktor Bernstein qui se plaignait de difficultés respiratoires avait brutalement perdu connaissance ; ses compagnons n’avaient eu que le temps de le transporter à bord de l’avion et de l’installer dans une des petites cabines de proue, après y avoir ouvert une des bouteilles d’oxygène récupérées dans les appartements du colonel Buckmaster. Grâce au précieux gaz, il avait vite repris ses esprits mais avait été consigné dans la minuscule pièce jusqu’au départ de l’avion – si départ il devait y avoir.

Ils n’étaient pas encore au bout de leurs peines. Une fois parvenus dans le hangar, il leur avait fallu déplacer l’Œuf sur le chariot élévateur destiné à le hisser jusqu’à la soute de l’avion. C’est à ce moment qu’ils s’étaient rendu compte que le moteur de l’engin n’était pas assez costaud pour soulever la lourde machine, et One-Shot avait dû passer une demi–heure de plus à bricoler un palan de fortune en se servant de l’asimov comme source de puissance additionnelle. En cours de manœuvre, Sarah Miller et Hiro Takeda avaient à leur tour été pris de malaises et avaient dû rejoindre Bernstein dans le caisson à oxygène improvisé.

« Et la suite des opérations, c’est quoi ? » demanda Joshua Tewaru d’une voix rauque.

Comme pour lui répondre, l’asimov saisit le premier des quatre gallons de vingt litres de mercure – le récipient pesait un quart de tonne, mais l’énorme androïde le manipulait comme un jouet – et entreprit de verser lentement le métal liquide dans une buse située près de l’équateur de l’Œuf. Pendant ce temps, Sanjiv Chandra aidé du hobbit s’affairait à connecter à l’engin le gros câble électrique qui avait servi à recharger les batteries du Dornier.

« Saloperie machine du diable pèse déjà cinq tonnes… maugréa One-Shot en massant son épaule douloureuse. Encore besoin d’y rajouter une tonne de lest ?

— Un miroir est indispensable pour la réaction, répondit Sanjiv. Un bain de mercure en rotation vous donne une surface parabolique, et il suffit de modifier la vitesse angulaire pour en ajuster la courbure. C’est le moyen le plus économique et le plus élégant pour obtenir un excellent miroir à focale variable.

— Un miroir liquide… n’importe quoi ! ricana Vandell Richardson.

— Vous devriez lire autre chose que Soldier of Fortune, de temps en temps… lui rétorqua Gretchen Vogt. Le Large Zenith Telescope près de Vancouver fonctionne depuis plus de dix ans avec un miroir de mercure de six mètres de diamètre. C’est un des plus grands télescopes optiques du monde, et il a coûté cinquante fois moins cher à construire qu’un instrument à miroir de verre. »

Vandell Richardson ouvrait la bouche pour répliquer quand, tout à coup, le martèlement lointain du groupe électrogène marqua une pause, et les lumières se mirent à vaciller ; cela ne dura qu’un instant, avant que le moteur ne reprenne son rythme régulier et que l’éclairage ne se rétablisse. L’incident était minime, mais se répétait désormais à intervalles de plus en plus rapprochés ; chacun savait ce que cela signifiait : le gros diesel avait largement contribué à consommer le peu d’oxygène qui restait dans la base et, tout comme eux, il commençait maintenant à étouffer.

« Il faudrait activer, Sanjiv, murmura Kendall Kjölsrud d’une voix lasse. Si le générateur nous lâche maintenant, on ne pourra jamais le relancer. »

C’étaient ses premières paroles depuis qu’ils avaient enfin réussi à installer l’Œuf dans la soute du Dornier. Depuis ce moment, le milliardaire était resté prostré dans un coin, assis sur une traverse métallique, la tête entre les mains. Il semblait à bout de forces, et tous avaient remarqué son teint grisâtre ; Caleb lui avait proposé d’aller se reposer un peu en compagnie des trois autres dans la cabine à oxygène, mais Kjölsrud lui avait jeté un regard si méprisant que le jeune homme n’avait pas insisté.