Point Zéro
03 h 20 UTC
Le sergent Vadim Alexeiev donna un dernier coup de pied, et la plaque de tôle – tout ce qui restait de la paroi extérieure de la citerne éventrée par l’explosion – s’abattit à terre dans un fracas de métal torturé. Le sous-officier russe fit deux pas en avant, sauta souplement sur le sol de béton et s’arrêta net. Cloué sur place par la stupéfaction.
Il y eut un brouhaha derrière lui. Les autres membres de son groupe d’assaut s’étaient massés dans la large brèche déchiquetée du réservoir. Eux aussi avaient une vue imprenable sur ce qui se passait dans le hangar numéro un.
« Sainte mère de Dieu…» marmonna l’un d’entre eux.
03 h 20 UTC
Les seize bouteilles JATO hâtivement boulonnées par One-Shot sur les côtés du fuselage et sur les deux gros flotteurs latéraux s’allumèrent simultanément, chacune d’elles projetant en arrière un énorme panache de gaz enflammés de vingt mètres de long.
La technologie de ces moteurs fusée additionnels, inchangée depuis la Seconde Guerre mondiale, est des plus rustiques : il s’agit de simples propulseurs à poudre, à usage unique et dont le régime n’est pas modulable. Une fois mise à feu, la bouteille brûle pendant dix à quinze secondes, puis s’éteint toute seule.
Sous l’effet des vingt tonnes de poussée supplémentaires, le Dornier Do–X s’arracha à la pesanteur et bondit en avant.
Pour s’arrêter au bout de quelques centimètres, dès que l’énorme câble de marine tendu sous son empennage eut atteint sa limite d’élasticité. Toutes les membrures de l’avion émirent un geignement de protestation, et le gigantesque appareil retomba lourdement sur le sol du hangar, dansant de façon incontrôlable sur son train de roulement.
À l’intérieur du poste de pilotage, le niveau de bruit et de vibrations devint proprement invraisemblable. Les placards de rangement situés en haut de l’habitacle s’ouvrirent soudain, et des tas de trucs dégringolèrent sur les deux hommes qui se trouvaient là. Secoué par les ruades, Caleb n’eut que le temps de se cramponner des deux mains à son gouvernail pour éviter d’être jeté à bas de son siège. « ONE-SHOT ! hurla–t–il sur la fréquence commune. VITE ! L’AVION VA SE DISLOQUER ! »