Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 127 sur 319

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Point Zéro

16 h 24 UTC

— Il en faut plus pour me tuer, crétin ! Préviens tout de suite le général. Et fais envoyer l’hélico pour me chercher ! »

Une imperceptible hésitation à l’autre bout de la ligne :

— « Le général Iazov ? Vous êtes sûr, lieutenant ? Vous ne préféreriez pas que j’en réfère d’abord au colonel Baranko ? »

Tomski n’en revenait pas d’une telle insubordination :

— Tu discutes mes ordres, dourak ? Passe-moi tout de suite Iazov, je te dis ! Et active un peu pour l’hélico, je me les gèle ici !

— « Bien, lieutenant », répondit Andreiev d’une voix neutre avant de couper la communication.

Les secondes qui passèrent ensuite parurent interminables. Qu'est–ce que fout ce vieux con ? pensa Tomski avec agacement. Il est en train de changer sa couche ou quoi ? Après un temps infini, le petit voyant de réception se mit enfin à clignoter à nouveau. Tomski n’aurait pu le jurer, mais la voix du sergent Andreiev semblait maintenant teintée d’un léger sarcasme.

— « Ici le Vladimir Karvaiyski, lieutenant. Le général Iazov ne souhaite pas vous parler. Il a dit que si vous voulez nous rejoindre, vous n’aviez qu’à apprendre à voler. »

 

16 h 24 UTC

 

Comme Kjölsrud l’avait prédit, il leur avait fallu moins de cinq minutes pour rejoindre le laboratoire. Ils avaient rencontré beaucoup moins de cadavres et de dégradations dans cette partie de la base, comme si toute la violence des dernières heures s’était concentrée dans les autres secteurs. Deux momies desséchées vêtues de blouses blanches se trouvaient pourtant dans la pièce, effondrées au pied d’un grand tableau noir ; à côté des corps, une bouteille renversée portant une tête de mort stylisée montrait de quelle manière ils avaient choisi d’en finir. Au–dessus des deux dépouilles, une énorme inscription à la craie rouge barrait toute la largeur du tableau :

ENDELØS TOMHED, SAGDE PRÆDIKEREN, ENDELØS TOMHED, ALT ER TOMHED

« L’un d’entre eux devait être danois, murmura Joshua. Ce sont les paroles de l’Ecclésiaste : Vanité des vanités, tout est vanité…»

Nul ne fit de commentaire. Tous regardaient, au milieu du labo, l’énorme masse sombre qui semblait absorber la clarté glauque déversée par les vieux néons.

L’objet de métal avait la forme d’un ballon de rugby posé à l’horizontale, et les dimensions d’un minibus. Reposant sur un socle massif en tubes d’acier, il paraissait avoir été usiné à partir de deux demi-coques symétriques, réunies ensuite par un gros bourrelet boulonné à mi-hauteur. Les finitions extérieures ne semblaient pas voir été le souci premier : le matériau d’un gris très sombre avait l’éclat terne et la texture un peu granuleuse de la fonte brute. Avec les dizaines de verrues métalliques de la taille d’un poing qui parsemaient sa surface rugueuse, l’engin donnait une impression de pas fini et rappelait vaguement ces anciennes mines marines utilisées au début du vingtième siècle.

Une multitude de câbles de tous calibres sortaient d’une trappe située à sa partie inférieure et le reliaient à plusieurs gros pupitres émaillés, constellés de cadrans à l’apparence désuète.

Un objet laid et vieux.

Et foncièrement menaçant.

Sarah Miller fut la première à rompre le silence :

« C’est drôle, dit–elle d’une voix hésitante. On dirait un œuf…

— Un œuf ? fit Kjölsrud en haussant les épaules. Vous n’avez pas tort, Sarah. En quelque sorte, c’est bien un œuf. Mais vous n’avez pas la moindre idée du dragon qui se cache à l’intérieur. »

 

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