Point Zéro
03 h 20 UTC
Il faillit presque y parvenir.
Ce qui l’en empêcha fut une tête de forage d’un quart de tonne qui vint le percuter dans les reins avec la force d’un boulet de canon, à l’instant même où il se croyait sauvé. La colonne vertébrale brisée net, Zablonski tomba à plat ventre et se tortilla comme un ver coupé en deux. Il avait perdu l’usage de ses jambes. Bandant ses muscles, il réussit malgré la douleur atroce à se retourner sur le dos ; juste à temps pour voir l’asimov ramasser – sans effort apparent – l’énorme masse d’acier et la brandir au–dessus de lui.
« Pitié…» murmura le blessé.
Sans aucune illusion sur ce qui allait suivre.
Une fois que ce fut fini, l’asimov redressa le piédestal qu’il avait renversé dans le feu de l’action et y reposa précautionneusement la tête de forage, dans la position exacte où elle se trouvait auparavant. Puis il se mit en quête d’une éponge pour nettoyer les fragments d’os et de cervelle qui souillaient le joyau de la collection de Kendall Kjölsrud.
03 h 20 UTC
L’avion vibrait tellement que Gretchen Vogt avait peine à distinguer l’écran de l’ordinateur portable posé sur la table devant elle. Elle avait prévu cet inconvénient, aussi s’était–elle arrangée pour que le démarrage de la séquence se fit de la manière la plus simple possible.
Juste avant de s’exécuter, elle jeta un dernier coup d’œil par le large hublot. À cinquante mètres sur bâbord, l’incendie qui avait embrasé l’entrée du hangar s’était déjà éteint ; au milieu des décombres calcinés, elle aperçut ce qui ressemblait à un tronc humain carbonisé. Elle eut un frisson ; quoi qu’il pût advenir d’eux dans les prochaines secondes, il était temps de quitter cet endroit maudit.
« Gret ! cria Caleb depuis le poste de pilotage. C’est pour aujourd’hui ou pour demain ?
— C’est pour tout de suite, Cal », murmura–t–elle.
Et elle enfonça la touche ENTER de son clavier.