Point Zéro
12 h 53 UTC
Comme tous les intercepteurs modernes, le Su-47 est doté d’un système de désignation des cibles asservi au casque du pilote. Le capitaine russe tourna légèrement la tête pour que le Dornier vienne s’aligner avec le
réticule situé en plein milieu de son affichage HUD(40), puis il actionna la commande disposée sur le minuscule joystick qui tenait lieu de manche à balai. L’instant d’après, un surlignage rouge autour de la silhouette de l’hydravion signifiait que la cible était verrouillée.
Après ça, lui avait dit son instructeur lors de sa formation sur simulateur, tu peux aller boire un café. Ton adversaire est déjà mort.
Il s’apprêtait à presser une nouvelle fois la commande qui libérerait aussitôt un second R-73M de son pylône d’emport lorsque sa radio crachota : « Rapace 2 à Leader. Solution de tir optimale pour moi. Demande autorisation d’engager. »
Il hésita un instant. Son ailier tribord se trouvait un peu en avant, à moins de deux milles de l’objectif et six cents pieds au–dessus. Effectivement, la meilleure configuration possible pour une attaque en visuel. Mais il se ravisa aussitôt : le lieutenant Laptev avait beau être un excellent camarade, pas question de lui laisser tirer les marrons du feu à sa place ; Bogdossian n’avait pas envie de jouer les figurants quand ils fêteraient ça au mess des pilotes de l’ Ivan Grozny.
« Négatif, Rapace 2, répondit–il. Suis déjà verrouillé. Je te le laisserai si je loupe encore, Dimitri. »
Une seconde après, un choc sourd se répercutait dans toute la structure du Sukhoï, signalant le départ du deuxième missile.
12 h 53 UTC
Bien que Caleb s’y fut attendu, la manœuvre fut à couper le souffle.
A peine Sanjiv avait–il inversé la composante verticale du champ gravifique émis par l’Œuf que l’avion s’était mis à tomber comme une pierre sous une accélération de 2 g. Pour ses occupants, ce fut comme de se retrouver tout à coup dans un ascenseur en chute libre – une impression d’autant plus terrifiante qu’à l’exception de Caleb et de Sanjiv, personne n’avait eu le temps de réaliser ce qui se passait.