Point Zéro
13 h 59 UTC
« C’est bon », dit Joshua en coupant la flamme de la lance thermique et en relevant sa visière de protection.
Comme prévu, l’acier mangé par la corrosion n’avait opposé qu’une faible résistance aux 3000 °C du jet de plasma. La grosse serrure avait fait place à un cratère large comme une assiette, dont les bords déchiquetés rougeoyaient encore. Aidé par Caleb, Joshua tira de toutes ses forces sur le lourd vantail en acier de deux mètres sur trois. Au troisième essai, la porte céda par à-coups avec un grincement strident.
Pour se bloquer de nouveau au bout de vingt centimètres.
« Ce sont les charnières, dit Joshua après avoir vainement tenté de l’ouvrir davantage. Elles sont complètement bouffées par la rouille. Il y en a pour cinq minutes avec la lance, ajouta–t–il en se penchant pour ramasser l’instrument.
— En attendant, je vais jeter un coup d’œil, dit Poppy en s’avançant vers l’ouverture.
— Pas question, s’interposa Caleb. Nous n’avons aucune idée de ce qu’il y a là–dedans. On entrera tous ensemble, ou pas du tout. »
Elle se tourna vers lui. A sa grande surprise, le regard qu’elle lui jeta n’était pas sarcastique comme à son habitude, mais triste et presque suppliant : « Réfléchissez, Caleb, dit–elle. C’est sans danger, ce truc est là depuis soixante–dix ans. Je suis la seule à pouvoir passer dans cette chatière. Et ça nous fera peut–être gagner un peu de temps. »
C’est comme avec O’Donnell, réalisa le jeune homme en se souvenant de sa réaction après la mort du pilote. Elle se sent coupable chaque fois que quelqu’un meurt, même si elle n'y est pour rien. Et elle ne connaît que deux manières d’y faire face : se bourrer la gueule ou plonger dans l’action.
Il secoua la tête de mauvaise grâce : « OK, dit–il. Allez-y, mais faites gaffe. »
13 h 59 UTC
Moins de cinq minutes plus tard, elle était de retour.
En la voyant s’extirper de l’étroite ouverture, Caleb eut un mauvais pressentiment. Elle va nous dire que ça donne sur une pièce borgne. Auquel cas nous sommes tous foutus.
Mais ce n’était pas ça.
Alors qu'elle leur faisait face en semblant chercher ses mots, chacun remarqua que son teint olivâtre avait viré au gris ; son regard était comme absent et ses mains tremblaient légèrement.
« Qu’est–ce qui s’est passé, Poppy ? demanda Caleb. Qu’est–ce qu’il y a derrière cette porte ? »
Les mots parurent la ramener à la réalité. Elle le fixa avec sur le visage une expression de terreur comme il ne lui avait encore jamais vu.
« Des morts, Caleb. C’est très grand là–dedans. Et c’est plein de morts. Il y en a partout. »
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