Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 40 sur 319

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Point Zéro

14 h 47 UTC

— D’où la conclusion que, si c’est un bâtiment, il n’a pas une finalité scientifique.

— Exact. Mais quoi d’autre ? Des installations portuaires ? Qui irait construire un port à des milliers de milles de toutes les routes de navigation, à un endroit où la mer est gelée neuf mois par an ? Une base militaire, alors ? Mais pour y faire quoi ? D’un point de vue géostratégique, l’Antarctique a autant de valeur que la principauté de Monaco !

— Ça n’a peut–être pas toujours été le cas, hasarda Caleb.

— Ça a toujours été le cas. Les deux conflits mondiaux se sont déroulés en quasi-totalité dans l’hémisphère nord. Et pendant la Guerre froide, le bras de fer entre Amérique et Russie s’est fait au–dessus du Pôle Nord. L’Antarctique est bien trop loin de tout pour avoir jamais présenté un quelconque intérêt militaire. Sauf peut–être…»

La jeune femme hésita une seconde, puis se lança : « Il y aurait bien une possibilité, mais c’est vraiment tiré par les cheveux.

— Dites toujours », fit Caleb avec un sourire d’encouragement.

 

14 h 47 UTC

 

« C’est bon, Gret. Tu peux descendre.

Les lumières s’étaient rééteintes depuis trois bonnes minutes mais, par précaution, les deux amis étaient restés immobiles tout ce temps – Joshua planqué derrière une palette de matériel informatique et Gretchen à plat ventre sur le contenu de la dernière caisse qu’elle venait d’ouvrir. La jeune femme sauta à terre et mit quelques secondes pour reprendre son souffle, à moitié suffoquée par la puanteur chimique dans laquelle elle venait d’être confinée.

— Tu as pu voir qui c’était ? finit–elle par demander à mi–voix.

— Un type en blouse blanche, sans doute un gars du labo. Il venait chercher une bouteille de gaz comprimé. Je ne pense pas qu’il nous ait repérés… Au fait, tu ne sens pas la rose, ajouta Joshua avec une grimace éloquente.

— Désolée, c’est tout ce que j’ai trouvé pour que tu me remarques.

— Il y a quoi, dans ces caisses, Gret ? Je t’ai entendue jurer juste avant que ce type n’entre…

— Donne-moi un instant, répondit–elle. Je voudrais encore vérifier quelque chose. »

Elle s’approcha de deux des caisses en bas de la pile, et en fit rapidement sauter le couvercle ; cette fois, elle eut un long sifflement en en découvrant le contenu.

« Tu veux bien m’expliquer, maintenant ? fit Joshua.

— En haut, une caisse de HMX, au moins deux de DDF, une de FOX-7. Ici c’est encore mieux : deux caisses d’ONC. Octanitrocubane. Je ne savais même pas qu’on pouvait en produire de façon industrielle.

— Ce que j’aime chez toi, c’est ta manière d’affirmer ta supériorité intellectuelle. Toi vouloir traduire pour pauvre Maori tout juste sorti de l’âge de pierre ?

— Pas besoin de remonter si loin, la plupart de ces produits en étaient encore au stade expérimental il y a trois ou quatre ans. Ce sont des explosifs, Josh. Mais pas grand–chose à voir avec le C-4 ou le bon vieux plastic que tu as l’habitude d’utiliser. Ici, c’est la génération suivante. Ultra-puissant. Ultra-brisant. Ultra-cher…»

Joshua réfléchit une seconde puis remarqua : « OK, ils ont apporté des explosifs. Et alors ? Ça peut servir à plein de choses sur un chantier d’exploration, ce n’est pas moi qui vais te l’apprendre. Et vu le compte en banque de nos amis, je ne suis pas trop surpris qu’ils aient choisi le top. Je ne pige pas bien pourquoi ça a l’air de te remuer comme ça…

— Effectivement, tu ne piges pas, fit–elle d’un air résigné. Josh, réfléchis un peu ! Il suffit de trente grammes de n’importe laquelle de ces saloperies pour envoyer cette barcasse par le fond !

— Hein ? Mais…

— Or nous avons ici – elle fit un rapide calcul mental – quelque chose comme trois ou quatre tonnes de ce qui se fait de mieux en matière d’explosif high-tech. Josh, il y a de quoi raser une douzaine de fois la Grande Pyramide ou la Muraille de Chine, au choix ! Tu peux m’expliquer ce qu’ils comptent en faire au pôle Sud ? »