Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 276 sur 319

Pages du PDF

Point Zéro

13 h 26 UTC

« Les paramètres, vite ! » aboya–t–il en se précipitant vers la bulle tactique située au milieu de la passerelle de commandement.

L’infosphère de combat de l’Ivan Grozny centralisait en temps réel les données des capteurs hydrophoniques non seulement du porte–aéronefs géant, mais aussi de ses deux navires d’escorte de surface et des deux sous– marins qui complétaient la force d’intervention russe. Il fallut donc moins de deux secondes pour que le petit spot lumineux apparaisse sur l’énorme console holo, exactement à l’endroit indiqué par l’opérateur sonar : au nord–est de leur position, à peu près là où le plateau continental de la Géorgie du Sud décrochait brutalement pour rejoindre les fonds abyssaux. L’objet était en mouvement dans leur direction. Et il se déplaçait sacrément vite.

« Azimut rectifié 047, cria l’officier sonar. Profondeur cent cinquante mètres, distance dix–huit nautiques en rapprochement, vitesse…»

L’homme eut un hoquet de stupeur. « Eh bien ? mugit l’amiral.

— « Cent quarante nœuds, monsieur. Et ça monte.

— « QUOI ? hurla Atanassiev. Vous vous foutez de moi ? Vérifiez, nom de Dieu ! »

Plus mort que vif, l’officier se mit à pianoter à toute allure sur son clavier de commandes. Cela ne lui prit que quelques secondes, puis il se tourna vers son supérieur et dit d’une voix altérée : « Paramètres vérifiés, monsieur. Deux cent vingt nœuds, toujours en augmentation. Mon Dieu, c’est une Shkval ! »

 

13 h 26 UTC

 

Maintenant son cap grâce à son guidage inertiel, le missile sous–marin avait mis moins de trois minutes pour parcourir les quinze nautiques le séparant de la périphérie du groupe aéronaval de l’Ivan Grozny. À cet instant, sa vitesse avoisinait les trois cents nœuds, et le rugissement de son réacteur, saturant les hydrophones des bâtiments russes, s’entendait même depuis la surface sans nécessiter d’équipement particulier.

Il pouvait donc se permettre de tomber le masque.

Ce qu’il fit en passant en mode de recherche active. Le puissant sonar à bande large installé dans la coiffe se mit aussitôt en action, balayant l’espace devant et sur les côtés de la torpille. En une poignée de secondes, l’autodirecteur embarqué eut ainsi une représentation précise au mètre près et sur plusieurs milles de l’environnement acoustique du missile. Encore quelques secondes, et les corrections de cap qui s’imposaient étaient adressées aux dizaines de microvannes situées sur toute la partie avant du projectile ; en régulant de façon différentielle le débit des gaz issus du propulseur, ces dernières avaient pour fonction de modifier la géométrie de la bulle gazeuse englobant la torpille, seule manière d’infléchir sa trajectoire.