Point Zéro
14 h 33 UTC
— Ça doit être un peu frustrant, non ? demanda Caleb avec un mince sourire.
— Et comment ! rigola Bernstein en grattant ostensiblement son crâne dégarni. Et le pire, c’est que d’autres que nous auront à la supporter : j’ai calculé que, si elle continue à vieillir à ce rythme, elle devrait arriver à emmerder le monde jusque vers 2400 ! »
Les deux hommes éclatèrent de rire.
Puis le regard de Caleb se posa sur les cadavres alignés devant eux « Et les Russes ? demanda–t–il d’un ton redevenu sérieux. Quel est leur rôle là– dedans ? J’ai cru comprendre que Kjölsrud et Poppy connaissaient ce Iazov depuis longtemps, n’est–ce pas ? »
Viktor Bernstein hésita une seconde, puis ramassa les deux pelles qui traînaient par terre. « Depuis très longtemps, en effet, acquiesça–t–il. C’est une vieille histoire, et plutôt compliquée…»
Il tendit l’un des outils à Caleb, puis poursuivit : « Je vais vous expliquer ça, mon garçon. Mais avant tout, recouvrons un peu ces malheureux. Nous discuterons en travaillant. »
14 h 33 UTC
« C’est fini », dit Kendall Kjölsrud en fermant les yeux du mort.
Agenouillée à ses côtés sur la grève caillouteuse, Poppy Borghese était immobile comme une statue. Tous deux restèrent quelques instants silencieux en contemplant la grande dépouille du général Iazov enveloppé dans sa gabardine ensanglantée. Puis Kjölsrud reprit : « Il est temps de rejoindre les autres, ma chérie. Nous n’avons plus rien à faire ici. »
Elle fit d’abord comme si elle n’avait rien entendu, puis elle leva les yeux vers lui. « J’aimerais rester encore un petit peu avec lui, Père, murmura–t–elle. S’il vous plaît. »
Le vieillard hocha la tête puis se releva avec difficulté – il était resté trop longtemps immobile. L’esprit envahi de pensées moroses, il se mit en marche au hasard sur la plage couverte d’embruns, davantage pour se dégourdir les jambes que dans un but précis.