Point Zéro
03 h 15 UTC
« Où sont cachés ? » demanda One-Shot tout en vérifiant le niveau d’approvisionnement de ses armes – pour faire aussitôt la grimace : il lui restait un demi-chargeur sur le Dragunov et guère plus de dix de secondes de tir continu avec la mitrailleuse.
Poppy désigna de la tête l’entrée sud du hangar. En regardant dans cette direction, le géant s’aperçut que le portail métallique était grand ouvert et qu’une armoire métallique avait été renversée dans l’embrasure pour former une sorte de rempart improvisé ; ça bougeait derrière, sans qu’on puisse voir combien d’assaillants se tenaient planqués là. À l’instant même où One-Shot allait en faire la remarque, un long tube métallique se dressa par-dessus la barrière et se pointa dans leur direction.
« RPG ! RPG ! se mit à gueuler Vandell Richardson qui avait aussi repéré la manœuvre. Bordel, ils vont nous allumer ! »
One-Shot était déjà debout, la LW50 à la hanche ; avant même que ses compagnons médusés aient eu le temps de réaliser, il poussa en un éclair le sélecteur sur automatique et se mit aussitôt à tirer au jugé tout en s’arc-boutant contre le recul de la mitrailleuse.
03 h 15 UTC
Le sergent Osadchuk était en train de presser la détente de son RPG au moment précis où les premières grosses balles de calibre 50 s’écrasèrent avec fracas contre le mur de béton à deux mètres de lui. Surpris, il eut un geste instinctif de recul qui déséquilibra légèrement le tube d’acier à l’instant où la charge propulsive de la roquette prenait feu.
Fidèle à la doctrine éternelle des ingénieurs russes qui est de privilégier la robustesse au détriment de la sophistication, la roquette PG-29V n’a aucun système de guidage laser ou autre, et suit donc une trajectoire strictement balistique dès sa sortie du tube.
En d’autres termes, une erreur de visée ne se rattrape pas.
Au lieu de quitter le lanceur selon la trajectoire horizontale qui l’aurait expédiée en plein dans la soute du Dornier, la fusée décrivit une élégante courbe ascendante qui la fit passer à moins d’un mètre au–dessus de la partie arrière du fuselage avant d’aller percuter la paroi opposée du hangar à la vitesse de deux cent quatre–vingts mètres par seconde ; il y eut un flash gigantesque accompagné d’une violente onde de choc quand l’explosion de la charge militaire creusa un cratère de quatre mètres de diamètre tout près du plafond, projetant des débris de béton dans toutes les directions.