Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 133 sur 319

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Point Zéro

16 h 54 UTC

« Parfait, dit–il une fois que tout le monde fut installé. Allons-y. Est–ce que le nom d’Ettore Majorana vous dit quelque chose ? »

 

16 h 54 UTC

 

Le pilote ramena les gaz à zéro et débraya le rotor du gros hélicoptère MIL Mi-17, qui se mit à ralentir progressivement. Pour autant, le silence ne revint pas complètement : suivant ses ordres qui prévoyaient de repartir bientôt, il avait laissé la turbine allumée au régime minimal.

Le lieutenant Pavel Tomski descendit et prit pied sur le pont du Vladimir Karvaiyski d’une démarche mal assurée. Malgré sa tenue de protection, la demi–heure qu’il venait de passer sur la banquise balayée par une brise de plus en plus violente avait suffi à le glacer jusqu’aux os. Sans compter qu’il avait ensuite dû être hélitreuillé, le pilote ayant refusé d’atterrir sur un terrain aussi piégeux.

Tomski essaya de reprendre une certaine contenance et fit les cinq pas qui le séparaient du général Iazov avant de se figer devant lui dans un impeccable salut militaire.

L’étiquette aurait voulu qu’en réponse l’officier supérieur commande le repos et lance « Au rapport, lieutenant ! » – ou alors qu’il commence tout de suite à l’engueuler, au choix. À la place, Iazov se contenta de le regarder sans mot dire, le toisant d’un regard à la fois glacial et indifférent. L’inspection dura une bonne minute, temps au bout duquel Tomski toujours figé dans son salut ne savait plus où se mettre. Le vieil homme rompit enfin le silence et murmura d’une voix dépourvue d’intonation : « Repos, lieutenant. Croyez-vous en Dieu ?

— Je vous demande pardon, mon général ? bredouilla Tomski.

— Êtes–vous sourd en plus d’être un débile mental, lieutenant ? Je vous ai demandé si vous croyiez en Dieu !

— Euh… non, mon général.

— Vous avez tort, dans ce cas. Parce qu’il doit y avoir un Dieu pour les cons comme vous. Accessoirement, vous pourrez aussi remercier le colonel Baranko : c’est lui qui m’a convaincu d’envoyer quelqu’un vous chercher. Il m’a fort justement fait remarquer qu’après avoir perdu un tiers de notre effectif – par votre faute, lieutenant –, il serait bon de commencer à économiser nos hommes…»