Point Zéro
01 h 21 UTC
Il venait droit sur eux.
01 h 21 UTC
L’onde de choc accompagnée de gaz surchauffés se diffusa à des vitesses supersoniques dans tous les secteurs de la base, effondrant murs et plafonds, détruisant indifféremment les laboratoires et les salles de casernement, incinérant les centaines de cadavres qui y reposaient.
Au–delà du bunker, l’ébranlement se propagea sur plusieurs kilomètres à l’intérieur de l’inlandsis, où des crevasses gigantesques commencèrent à s’ouvrir un peu partout. Au niveau des falaises qui entouraient la plage, la violence de la secousse rompit d’un seul coup le fragile ciment de liaisons moléculaires qui assurait la cohésion de la banquise. Des masses colossales de glace se mirent soudain en mouvement.
Le sergent Vadim Alexeiev et les sept hommes qui l’accompagnaient moururent instantanément, volatilisés par la puissance des explosions.
Des deux hommes qui étaient restés en faction dans le trou d’accès au hangar numéro 2, le caporal Vasil Khandayev connut un sort pratiquement identique. Le colosse bouriate se trouvait à l’extrémité de la cavité en train de guetter l’intérieur du hangar, son corps massif remplissant presque tout l’espace disponible, lorsqu’il fut heurté de plein fouet par le jet de gaz brûlants propulsé à la vitesse d’un obus ; déchiqueté et carbonisé par l’impact, son corps se fragmenta en débris qui s’éparpillèrent sur la plage devant la casemate.
Son compagnon, le caporal Oleg Duryagin, était par chance en train de fumer une cigarette à l’extérieur, ce qui lui valut de survivre près de sept secondes à l’explosion. Ne se trouvant qu’en périphérie du panache de gaz et de fragments humains qui jaillit d’un seul coup de la cavité, il fut projeté à plusieurs mètres mais ne subit que des brûlures superficielles aux mains et au visage. À moitié sonné, l’homme, qui était retombé à plat dos, eut le temps de distinguer sur sa droite une gigantesque forme blanche, qui parut s’arracher à la paroi en explosion avant de se perdre dans la nuit dans un grondement de moteurs poussés en butée ; il se dit qu’il rêvait : l’engin dont il avait à peine entraperçu la silhouette lui avait semblé propulsé par une bonne quinzaine de réacteurs.
Puis son regard se porta en l’air, et ses yeux s’agrandirent de terreur.