Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 312 sur 319

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Point Zéro

18 h 06 UTC

« J’aurais peut–être une proposition à vous faire concernant Paola, madame, dit–il d’une voix pensive. Voilà, je dirige une sorte de fondation… Viktor et Sanjiv vous donneront les détails, mais pour l’essentiel elle s’occupe d’enfants… différents, comme votre petite-fille. Nous pourrions la prendre en charge, si vous le souhaitez.

— C’est très généreux de votre part, répondit la vieille dame. Mais les psychiatres…

— Ça n’a rien à voir avec un asile de fous,, vous pouvez me croire. Et je suis sûr que nous pourrons faire quelque chose pour elle. »

C’est à cet instant précis qu’il se passa quelque chose d’extraordinaire.

Une petite voix, curieusement rauque et étouffée – la voix de quelqu’un qui n’a pas parlé depuis son enfance – s’éleva au fond de la chambre : « Ancora, fit–elle. Suona ancore, per piacere ! »

Sortant d’un silence de quinze ans, Paola Pazzi venait de demander à Sanjiv de continuer à jouer.

 

18 h 06 UTC

 

« Vous êtes sûre que ça va aller ? demanda Gretchen Vogt un peu inquiète.

— Mais oui, ma chérie, la rassura Angelina Pazzi en lui tapotant le bras. Je ne me suis jamais mieux portée. »

Pour la vieille dame, entendre la voix de sa petite-fille avait causé un choc si violent qu’elle avait eu un vertige et avait dû s’asseoir quelques instants ; heureusement, le malaise était vite passé et elle avait pu bientôt se relever. « Je vais très bien, répéta–t–elle. Comment pourrait–il en être autrement ? C’est un miracle, un véritable miracle ! »

Elle accepta le verre d’eau que lui tendait Paola, puis murmura en regardant Kjölsrud : « Dire que j’ai hésité à vous recevoir quand j’ai su que vous veniez de la part de ce voyou de Giorgino… Comment avez–vous déjà dit que vous vous appelez, monsieur ?

— Kjölsrud, répondit l’intéressé. Kendall Kjölsrud.

— Bizarre, marmonna–t–elle en plissant ses yeux fatigués pour mieux distinguer son visage. J’aurais juré vous avoir déjà vu quelque part… Peu importe, après tout. Ce qui compte, c’est le cadeau que vous venez de me faire. Le plus beau cadeau qui se puisse imaginer pour une vieille grand-mère…»