Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 165 sur 319

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Point Zéro

02 h 59 UTC

— Tu nous feras un résumé demain, dit gentiment Caleb. À moi, maintenant. »

C’est là que les choses se gâtèrent.

Lorsque les palettes eurent achevé leur réarrangement, la nouvelle question était :

NA LAS SOP NACH URRAINN

Le sang se retira du visage de Caleb, qui murmura : « Merde ! Je m’attendais à un truc comme ça !

— Quoi ? Qu’est–ce qu’il y a ? s’exclama Kjölsrud aussitôt alarmé par l’expression du jeune homme.

— C’est le début d’un proverbe en gaélique, ça parle de mettre le feu… enfin, je crois. Je ne suis pas sûr de la suite.

— Mais je croyais que vous parliez cette langue, nom de Dieu !

— Assez pour demander mon chemin et comprendre la réponse une fois sur deux. Pas plus. Maintenant, foutez-moi la paix et laissez-moi réfléchir !

— Quinze secondes, Cal », dit Joshua d’une voix tendue.

Caleb hésitait, le front plissé de concentration ; « Je crois que je me souviens, dit–il tout bas, mais…

— Six secondes. »

Le jeune homme hocha la tête de désespoir et tapa à toute allure : « DHUINN FINNA CHUIR AGUS ».

Le voyant s’alluma.

En rouge.

 

02 h 59 UTC

 

« C’est ici, les gars, murmura le lieutenant Tomski dans le micro de son casque étanche. Nous y sommes. »

Les onze hommes lourdement armés qui l’accompagnaient se répartirent sans bruit de part et d’autre du portail massif au–dessus duquel on lisait « HANGAR I ». Grâce aux indications du général Iazov, il ne leur avait fallu que quelques minutes pour trouver leur route dans le dédale de corridors obscurs. Les scènes de dévastation et les dizaines de cadavres momifiés ne leur avaient fait ni chaud ni froid : c’étaient des hommes qui ne connaissaient ni la peur ni la compassion ; avant que Tomski ne leur rappelle sèchement la consigne de silence, plusieurs s’étaient mis par jeu à décerner une note aux morts en fonction de la manière plus ou moins originale dont ils étaient passés de vie à trépas.

Pendant que ses soldats contrôlaient une dernière fois leurs armes et leur équipement respiratoire – tous étaient équipés d’un gros bi-bouteille d’oxygène pur avec recycleur en circuit fermé leur garantissant trois à quatre heures d’autonomie –, Tomski entrouvrit avec une précaution infinie la lourde porte métallique et déposa au sol un petit détecteur multibande de la taille d’un briquet. L’appareil mit moins de dix secondes à scanner tout le spectre entre les ondes radio et l’ultraviolet lointain, avant de rendre son verdict. Pas un chat à vingt mètres à la ronde. Pas de capteurs ni de mouchards électroniques non plus.

La voie était libre.

Tomski ouvrit un peu plus le battant et jeta un coup d’œil par l’ouverture.

Le hangar était immense et brillamment éclairé. À une cinquantaine de pas de l’endroit où ils se trouvaient, mais si gros qu’on avait l’impression de pouvoir le toucher de la main, l’hydravion géant leur présentait son profil bâbord et pointait fièrement son étrave massive vers l’avant. Ce qui devait être un tuyau ou un gros câble électrique sortait de la porte béante de sa soute et se perdait dans les profondeurs du hangar ; bizarrement, un énorme cordage ressemblant à une amarre de navire était tendu entre la queue de l’appareil et un pilier de soutènement situé contre la muraille de droite. Les hublots de l’avion étaient éclairés : il devait y avoir du monde à l’intérieur ; à l’instant où Tomski se faisait cette réflexion, quelque chose bougea dans la soute, et une silhouette humaine se découpa pendant quelques secondes dans l’embrasure de la porte.

Le lieutenant eut un sourire cruel : cette fois, la proie était à leur merci et ne leur échapperait pas.

« Ils sont fous ou complètement cons ? souffla le sergent Osadchuk, un petit Ukrainien à l’air chafouin. Ils n’ont même pas mis un type pour faire le guet…

— Ils ne nous attendaient pas si tôt, répondit Tomski. Et je ne suis pas sûr qu’ils aient encore les moyens d’assurer une surveillance.

— On pourrait les fumer tout de suite, mon lieutenant. Deux coups de RPG et c’est bon, un gamin pourrait faire le taf…»