Point Zéro
11 h 37 UTC
Les falaises de glace n'étaient pas là.
Et les portes de l’Artefact étaient grandes ouvertes.
11 h 37 UTC
Les deux aussières furent rejetées à bord du Global Defender, et la lourde barge commença à s’éloigner du navire. Gretchen Vogt se cala entre deux des énormes caisses de matériel entassées au fond de l’embarcation ; non qu’elle fut sujette au mal de mer, mais elle voulait échanger quelques mots avec One-Shot – de préférence hors de portée auditive de Vandell Richardson et de ses hommes qui s’étaient installés près de la poupe.
« Tu en penses quoi, de tout ce transbordement ?
— Pas connaître le mot, mais j’en pense pas terrible, répondit le géant de sa voix de basse.
— Idem pour moi. On est en train de trimbaler pratiquement toutes les caisses d’explosif qu’on avait en réserve. Plus des armes en quantité. Même deux lasers tactiques. Tout ça comme s’il y avait le feu, alors qu’ils n’ont même pas fini de creuser leur galerie ? »
One-Shot haussa ses épaules massives – Gretchen se demanda une nouvelle fois où ils avaient bien pu dégoter une combinaison AMPAS à sa taille : « Sais pas. Veulent peut–être tester feux d’artifice en conditions polaires ?
— J’ai un doute… Si le but était de faire sauter ce truc, on aurait pu s’y prendre hier. Il suffisait d’entasser toutes les caisses au pied du mur, d’allumer la mèche et de se tirer à trois milles au large. Pourquoi s’être donné la peine de bâcher la falaise et de creuser un tunnel dedans ?
— Pourquoi tu demandes pas à Richardson ? suggéra son ami avec ce qui pouvait passer pour un sourire malicieux sur son visage couturé de cicatrices.
— C’est déjà fait. Il m’a gentiment conseillé d’aller me faire foutre. Ou alors de poser la question à Kjölsrud, ce qui revient sans doute au même…»
One-Shot éclata de rire ; rien ne semblait pouvoir entamer sa bonne humeur permanente : « D’accord avec toi pour dire bizarre, Gret. En même temps, ils laissent nous toutes les armes qu’on veut…»
Le colosse faisait allusion à ses armes fétiches, le vieux Dragunov et le M82 qu’il avait soigneusement déposés sur une des caisses à côté d’eux ; même l’énorme mitrailleuse LW50 était du voyage et avait été entreposée un peu plus loin.