Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 32 sur 319

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Point Zéro

12 h 24 UTC

« Nous y avons pensé, dit le vieux général. Voici pour toi. » À la dernière seconde, le garde parut comprendre, et ses yeux se remplirent d’une terreur abjecte. Bien trop tard : déjà Iazov l’avait agrippé d’un bras et propulsé vers l’ouverture béante, avec une force stupéfiante pour son âge. La scène qui suivit fut presque trop rapide pour que leurs yeux puissent l’enregistrer : un bras squelettique d’une longueur démesurée jaillissant en un éclair de la cellule – le membre était d’une pâleur cadavérique. Des ongles crasseux de dix centimètres – ou étaient-ce des serres ? – se plantant comme des poignards dans l’épaule du soldat et le soulevant de terre tel un fétu de paille. L’instant d’après, le jeune homme avait disparu, aspiré dans les ténèbres putrides. Un hurlement effroyable s’éleva, aussitôt suivi par un atroce fracas d’os brisés. Un bruit d’arrachement, puis quelque chose de mou tomba à terre. Une nouvelle supplication, d’une voix qui n’avait plus rien d’humain ; le cri s’interrompit abruptement et fit place à un horrible gargouillis liquide. Le son qui leur parvint ensuite était immédiatement reconnaissable.

Dans le noir, quelqu’un mâchait.

Horrifié, Baranko se tourna vers Iazov. Malgré la pénombre, il put voir que son supérieur était pâle comme un mort : « Laissons-lui cinq minutes, fit le vieil homme d’une voix à peine audible. Ensuite nous entrerons. » Derrière eux, le général Volodine dégueulait convulsivement.

 

12 h 24 UTC

 

Après qu’ils eurent rabattu la bâche destinée à dissimuler le contenu de la cage, Iazov donna ses derniers ordres à Volodine : « Nous ne nous reverrons pas, Maxime Alexeïevitch. Quand nous serons partis, tu nettoieras par le feu les cellules, les labos, les archives… tout ce qui reste. Rien ne doit subsister.

— Et pour les vieux bâtiments à l’extérieur ?

— Pareil. Je veux effacer jusqu’au souvenir de cet endroit. Quand tu auras fini, actionne les charges de sécurité. Il ne doit rester de cette clairière qu’un cratère fumant.

— Et… elle ? questionna Volodine.

— Qu’elle brûle avec », trancha l’autre avec un rictus effrayant.