Point Zéro
13 h 28 UTC
— Attendez, Zaitssov. Cette foutue torpille a–t–elle explosé, oui ou non ?
— Négatif, monsieur. Pas d’explosion. Le Tuman était juste en face du point d’impact, il l’aurait repérée sur ses caméras. Nous avons bien été percutés par un engin de deux tonnes croisant à trois cents nœuds. Mais celui–ci était inerte. »
L’amiral serra ses poings énormes : « Nom de Dieu ! éructa–t–il. Mais alors…»
Il n’eut pas le temps d’en dire plus. Depuis sa console l’officier radio lui faisait de grands gestes pour attirer son attention : « Pardonnez-moi, monsieur…
— Quoi ? fit Atanassiev d’un ton rogue. Qu’est–ce qu’il y a ?
— C’est le commandant du bâtiment américain, monsieur. Il souhaite vous parler. Personnellement. »
13 h 28 UTC
Un abject sourire de satisfaction plaqué sur le visage, le colonel Baranko contempla pendant quelques instants le vieil homme qui se tordait dans la neige tachée de sang. Lorsqu’enfin il tourna son regard vers Caleb, ce dernier fut presque effrayé par l’éclat dément qui luisait dans les yeux du Russe : si une forme de raison avait jamais habité cet esprit, elle venait assurément de le déserter.
Maintenant, il va tous nous buter, songea Caleb.
Tout en réalisant qu’ils n’avaient plus aucune échappatoire. S’ils avaient voulu tenter quelque chose, ils auraient dû le faire quelques instants plus tôt – au moment de cet aveugle déchaînement de violence qui avait stupéfié tout le monde, gardes y compris. Trop tard. Très vite, les cinq spetsnaz s’étaient repris et avaient reculé de plusieurs pas tout en relevant le canon des gros fusils d’assaut Masada qu’ils braquaient sur les captifs : eux aussi avaient compris que la fin était proche.
Baranko ouvrait déjà la bouche, sans doute pour proférer une ultime insulte avant de donner l’ordre de tirer. Caleb banda ses muscles et s’apprêta à bondir, tout en sentant qu’à côté de lui One-Shot et Joshua en faisaient autant. Mourir pour mourir, ils allaient quand même essayer de finir en beauté.