Point Zéro
23 h 54 UTC
Le flacon en verre blanc d’une forme inusitée était encore rempli aux deux tiers d’un liquide un peu trouble d’un or profond ; curieusement celui– ci n’avait pas gelé – sans doute à cause de sa teneur en alcool – mais avait pris une consistance huileuse, se déplaçant avec paresse lorsqu’on agitait la bouteille. Un simple rectangle de papier brun sans aucune fioriture tenait lieu d’étiquette ; l’encre s’était un peu décomposée avec le temps, cependant on pouvait encore lire, en lettres d’une graphie désuète : « PORTSKERRA – Finest old Highland Whisky – 25 yr. old – Vintage 1920. »
Caleb, comme fasciné, contempla longuement la bouteille avant de la reposer sur la table : « Je ne sais pas… dit–il d’un ton songeur. Les termes employés dans ce journal sont bizarres. Et je trouve curieux que juste avant de mourir ce malheureux ait fait allusion à mon grand–père non pas une, mais deux fois. Qu’est–ce qui a bien pu se passer entre eux ?…»
Kjölsrud allait dire quelque chose, mais Viktor Bernstein leva soudain la main pour réclamer le silence. Il sembla écouter quelques instants puis regarda les autres :
« C’était Sanjiv, lança–t–il d’un ton alarmé. Votre amie miss Vogt vient de le rejoindre au labo. On dirait qu’il y a un gros problème. »
23 h 54 UTC
Une fois que l’ombre eut terminé son récit, Iazov resta silencieux de longues secondes.
« Général ? Vous me recevez ?
— « Je suis toujours là, répondit le vieil homme d’une voix pensive. Incroyable… Je savais que ces salopards avaient de la ressource, mais à ce point… Merci en tout cas de votre rapport, je vais prendre les mesures nécessaires. En ce qui vous concerne, dépêchez-vous de rejoindre les autres avant qu’ils ne remarquent votre absence.
— Bien, général. Si je peux me permettre, cependant…
— « Quoi ? grogna Iazov qui n’appréciait pas que les conversations se prolongent au–delà du strict nécessaire.