Point Zéro
12 h 05 UTC
— « Non Caleb, pas avec si peu d’éléments. Les dimensions énormes font bien sûr penser à une technologie moderne, mais n’oubliez pas que ceux qui ont construit la Grande Pyramide ignoraient l’usage de la roue…»
Ils étaient ensuite montés sur le toit ; Caleb espérait y trouver des indices plus consistants, voire d’éventuelles ouvertures permettant de gagner l’intérieur de la construction. L’escalade avait été aisée – le béton fendillé offrait de nombreuses prises –, mais là encore l’exploration s’était révélée décevante : comme les clichés satellite l’avaient déjà suggéré, la vaste plate-forme de près d’un demi-hectare ne comportait aucune structure ou élément remarquable. En revanche, les marques d’érosion y étaient nettement plus prononcées qu’au niveau des parois : loin d’être plane, la surface grisâtre était creusée de profondes ravines parallèles s’étendant depuis la base de la falaise de glace jusqu’au bord libre de l’esplanade ; certaines mesuraient jusqu’à deux mètres de profondeur sans pour autant laisser entrevoir la structure interne du bâtiment – ce qui, incidemment, donnait une idée de l’épaisseur de la dalle.
— « Ce sont des marques d’érosion glaciaire, avait indiqué Sarah qui ne perdait pas une miette du spectacle. Liées au déplacement du glacier qui devait racler cette surface depuis un sacré bout de temps. Ne me demandez surtout pas combien, Caleb, mais vu les dégâts je dirais plusieurs décennies. Au moins. »
Ce n’était toutefois pas la seule particularité de la plate-forme. En certains autres endroits – notamment là où les traces de ravinement étaient les moins prononcées –, le béton avait un tout autre aspect. Un aspect très particulier que Caleb était persuadé d’avoir déjà observé quelque part. Mais où ? C’est alors qu’il se creusait la tête pour faire resurgir le souvenir que la voix excitée de Gretchen Vogt retentit dans son casque :
— « Caleb ? Tu es toujours là–haut avec Poppy ? Vous devriez venir voir. On a trouvé un paquet-cadeau. »
12 h 05 UTC
Le lieutenant Pavel Tomski referma sa braguette avec un soupir de satisfaction. Il jeta un coup d’œil autour de lui : ceux de ses hommes qui n’étaient pas comme lui occupés à vidanger leur vessie étaient assis, en train de bouffer une ration ou de fumer tranquillement leur clope ; le sergent Darjiev et l’un des snipers dénommé Zatkine étaient partis en exploration – vu les dimensions modestes du tas de cailloux, ils n’allaient pas tarder à revenir.