Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 153 sur 319

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Point Zéro

23 h 50 UTC

— On n’a pas le temps, Viktor, soupira Kjölsrud. On verra ça plus tard. Dis-nous juste ce qu’il a écrit à la fin.

— Tu as raison », fit Bernstein en revenant à l’endroit où le texte s’achevait. Il se remit à lire :

« 24 août 1946. C’est aujourd’hui le dernier jour de ma vie…»

 

23 h 50 UTC

 

Le petit local d’entretien était traversé par plusieurs conduites d’eau de bon calibre qui, en éclatant sous l’effet du gel, avaient recouvert le sol de plusieurs centimètres de glace luisante. D’énormes stalactites brillantes pendaient des canalisations déchiquetées, semblables à d’épais rideaux immobiles se prolongeant jusqu’à terre. Un pied humain dépassait de cette masse figée ; le reste du cadavre était entièrement pris dans la gangue de glace et formait une masse sombre indistincte.

Pas vraiment l’endroit idéal pour passer ses vacances. Mais pour ce que tu as à faire, ce sera suffisant.

La pénombre était si dense qu’on ne pouvait distinguer le visage de la silhouette en combinaison noire qui venait de se glisser dans la pièce. L’ombre vérifia que les lieux étaient bien déserts puis sortit un minuscule communicateur radio ; sous l’aspect d’un banal smartphone, l’objet était un bijou de technologie sud-coréenne doté d’un cryptage 1024 kb en temps réel. Le correspondant mit moins de deux secondes pour répondre au signal de connexion.

— « Enfin vous ! grogna une voix fatiguée mais pleine d’autorité. Il y a des heures que j’attends votre appel…

— Ça n’a pas été facile de trouver une raison pour m’éloigner des autres, général. Et je ne pourrai sans doute pas recommencer : Kjölsrud veut désormais que nous restions groupés, par mesure de sécurité.

— « Pourquoi ? Il se doute de quelque chose à votre propos ?

— Négatif. Mais nous commençons à manquer d’air, là–dedans. Et il craint que l’un d’entre nous fasse un malaise sans pouvoir être secouru à temps.