Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 232 sur 319

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Point Zéro

12 h 53 UTC

À ce moment, le Dornier se situait pratiquement à l’aplomb du missile, soixante mètres au–dessous. Trop loin pour que l’onde de choc puisse lui occasionner des dégâts sérieux.

Malheureusement, cette éventualité avait été prévue par les concepteurs de l’engin. Dans ses versions postérieures à 1997, la charge militaire était dopée au moyen de centaines de tiges métalliques fines comme un crayon, capables de répandre la mort dans un rayon de cent mètres autour du foyer de l’explosion.

Douze de ces projectiles vinrent frapper la partie supérieure du gros hydravion à des vélocités largement supersoniques. Sept perforèrent de part en part l’immense aile sustentatrice en y causant des déchirures de la taille d’une lessiveuse, mais sans compromettre significativement sa portance vu les dimensions de l’engin. Quatre autres touchèrent la partie arrière du fuselage et la traversèrent jusqu’au niveau du pont inférieur, par chance sans blesser personne ni léser aucun organe vital de l’avion. La douzième atteignit le moteur situé le plus à bâbord, fracassant son carter d’huile et pulvérisant l’hélice avant. Propulsée par la force centrifuge, l’une de ses quatre pales – un énorme épieu en bois plus grand qu’un homme – vint percuter de plein fouet la partie gauche de la carlingue à hauteur du pont passagers en y ouvrant une brèche déchiquetée de trois mètres sur deux.

Le moteur délesté de son hélice s’emballa aussitôt et se mit à chauffer. Onze secondes plus tard, il prenait feu.

 

12 h 53 UTC

 

À quatre nautiques par bâbord arrière, le capitaine Anatoly Bogdossian avait assisté à toute la scène. Sans en croire ses yeux.

Le jeune officier savait que la manœuvre d’esquive réussie par le Dornier – un vertigineux déplacement vertical suivi d’un rétablissement tout aussi abrupt cent mètres au–dessous de sa position initiale, le tout sans avoir amorcé le moindre piqué-était une impossibilité du point de vue aérodynamique. L’idée lui vint soudain que le comportement de cet avion n’était sans doute pas étranger à la mission en cours…

Mais, de toute façon, ce n’était que partie remise.

Bogdossian se concentra sur la cible qui se rapprochait à grande vitesse. Le vieil avion poursuivait sa route au 180 en se présentant maintenant presque de profil par rapport au Sukhoï. Une cible idéale.