Point Zéro
08 h 02 UTC
— Je m’en fous complètement, Jeeves.
< C’est bien ce que je craignais, fit l’IA d’une voix un peu vexée. Notre cap est toujours au 317, vitesse actuelle cent huit nœuds. >
Juste à côté d’elle, la sphère du compas tournoyait à la manière d’une toupie devenue folle, comme elle le faisait sans discontinuer depuis leur départ. Pas étonnant avec ce qu’on trimbale dans la soute, se dit–elle. Elle bénit une nouvelle fois les concepteurs de sa combi, qui avaient pensé à la munir d’un module de géolocalisation multibande capable d’exploiter non seulement la constellation de satellites GPS, mais aussi les systèmes concurrents Galileo et GLONASS. S’ils avaient dû s’en remettre au compas pour afficher leur route, ils seraient encore en train de faire des ronds au– dessus du cap Norvegia.
« Tu ne le vois toujours pas, Jeeves ? poursuivit–elle.
< Négatif, mademoiselle. Je viens pourtant de balayer tout l’horizon avant en amplification maximale du signal optique. Pourrais-je vous demander de vous positionner successivement des deux côtés du cockpit, de sorte que je puisse répéter l’opération sur nos flancs ? >
La manœuvre ne prit que quelques secondes. Mais le résultat fut le même :
< Navré, mademoiselle, fit Jeeves. Je ne le détecte pas. >
— Il devrait pourtant être dans le secteur, à cent milles près…
< C’est exact. Je suggère que nous poursuivions sur ce cap et que nous réitérions cette recherche tous les quarts d’heure pendant une heure. Si nous ne le trouvons toujours pas, nous demanderons les instructions de monsieur Kjölsrud. >
08 h 02 UTC
Avec l’amélioration relative des conditions météo dans l’océan austral, la surveillance spatiale interrompue depuis une dizaine d’heures avait pu reprendre.
Depuis son orbite à sept cent trente kilomètres d’altitude, le satellite Lacrosse II reparamétré pour signaler toute activité maritime ou aérienne au–dessous du soixantième parallèle sud n’eut aucune difficulté pour repérer le Dornier Do–X. Avec sa résolution optique de dix centimètres, les quarante-huit mètres d’envergure du géant ne risquaient pas de lui échapper. Une minute et demie après que l’avion eut été détecté, une trouée de courte durée dans la couche nuageuse qui recouvrait toujours le littoral antarctique permit fort opportunément au satellite de réaliser toute une série d’autres observations.