Point Zéro
13 h 33 UTC
Yngvi fit un pas. Et commença à lever son harpon – l’arme prévue pour être tirée par un canon à air comprimé devait peser une bonne centaine de livres, mais il la manipulait comme une brindille.
« Tant pis pour toi ! » cria le Russe en pressant de toutes ses forces le commutateur de son boîtier.
Rien ne se passa.
Croyant à une fausse manœuvre, Baranko jura entre ses dents et écrasa une nouvelle fois le bouton. Toujours sans résultat. Sur ses traits, l’inquiétude fit place à la panique : « Mais tu… tu devrais…» balbutia–t–il.
Le monstre avançait maintenant vers lui, harpon levé. « Plus de boîtier, Guennadi, murmura–t–il avec ce qui pouvait passer pour un sourire sur sa face monstrueuse. Plus de boîtier, c’est terminé. Et toi aussi…»
À ce moment, il tourna lentement et délibérément la tête de droite et de gauche, et chacun put voir d’où venait le sang qui lui maculait le haut du corps : de chaque côté de son crâne, juste en arrière des oreilles, se trouvaient deux épouvantables plaies déchiquetées, encore dégoulinantes d’un liquide sanieux et où l’on aurait pu enfoncer le poing.
Le visage crispé de terreur, Baranko poussa un hurlement de rage et jeta à terre le boîtier devenu inutile ; puis il enfouit sa main dans sa poche, sans doute à la recherche désespérée de son Makarov.
Ce fut son dernier geste.
Le harpon propulsé avec la force d’un boulet de canon le cueillit juste au creux de l’estomac et le traversa de part en part, lui en sectionnant la colonne vertébrale avant de ressortir de deux bons mètres dans son dos. Le choc fut si violent que le Russe décolla du sol et fut projeté plusieurs pas en arrière jusqu’à retomber dans la fosse que Caleb et ses amis venaient de creuser ; le harpon gigantesque se coinça en travers de l’excavation, et le corps agité de convulsions resta suspendu dans le vide à mi-hauteur de la tombe.
13 h 33 UTC
L’énorme coque de l’Ivan Grozny venait de s’aligner au 320, et une infime trépidation dans le plancher métallique de la passerelle signalait la montée en régime de la chaufferie nucléaire. L’immense porte–aéronefs était en train de se mettre en route ; sur l’affichage tactique, le loch Doppler affichait déjà huit nœuds.