Point Zéro
18 h 19 UTC
— Suffit, Sanjiv », l’interrompit à nouveau Kjölsrud. Le vieillard eut alors un geste inattendu : il passa le bras autour des épaules du jeune homme et l’entraîna doucement vers la sortie du labo. « Sanjiv et moi avons à parler en privé, lança–t–il pour toute explication. Vandell, Jenkins, vous venez avec nous ; ceci vous concerne. Toi aussi, Poppy. Les autres, vous pouvez attendre ici, nous ne serons pas longs. »
Caleb regarda le groupe s’éloigner, plus amusé que vraiment choqué : il commençait à ne plus s’étonner des mystères du vieillard. Il se tourna vers Viktor Bernstein qui semblait un peu vexé d’avoir été exclu de la conversation : « Qu’en pensez-vous, monsieur Bernstein ? lui fit–il avec un sourire. À mon avis, on nous cache encore quelque chose…»
18 h 19 UTC
Le yejreïtor Karol Spivak leva brutalement la main pour demander à son ami de couper la lance thermique. Mais c’était inutile, le caporal Duryagin avait devancé son geste : lui aussi avait ressenti la sourde vibration dans le sol.
« Qu’est–ce que c’est ? murmura Spivak dans le silence revenu. Un tremblement de terre ?
— Je ne crois pas, répondit l’autre. C’est beaucoup trop régulier. »
Instinctivement les deux hommes jetèrent un regard inquiet vers le haut. Mais ce n’était pas ça non plus : la gigantesque bâche avait l’air de tenir le coup. Et de part et d’autre de celle–ci, les parties de la falaise qui n’avaient pas été équipées ne montraient aucun signe d’un nouvel effondrement.
La vibration se poursuivait avec la même intensité, remontant du sol dans leurs bottes fourrées. Elle ne s’accompagnait d’aucune sensation de mouvement. Décidément, ça n’avait pas l’air d’un tremblement de terre.
Mû par une inspiration soudaine, Duryagin se pencha et appliqua son oreille sur la paroi presque verticale du bunker ; contre sa peau, la surface de béton fendillé était froide et légèrement humide au toucher. Ses yeux s’écarquillèrent de surprise. « Nom de Dieu ! souffla–t–il. Ça vient de là– dedans ! »