Point Zéro
13 h 49 UTC
— Vous devez faire erreur, répondit Joshua. Les seuls autres puits sont ceux qui desservaient l’ancien filon de surface. Ils sont à plus de trois kilomètres d’ici et ne communiquent pas avec le réseau actuel. De plus…
— Une seconde, Josh, intervint son associée. Elle a raison. Il y a aussi le système de ventilation.
— Celui qui sert pour refroidir les galeries, c’est ça ? la pressa Poppy. D’où partent les conduits ?
— Aucune idée, répondit Joshua. Mais ça ne devrait pas être trop difficile à trouver…»
Sur ces paroles, il se retourna et avisa un des brancardiers qui venaient de déposer un nouveau blessé : « Eeyebo ! lui lança–t–il. Kanjani mwana namai vake usiku akatizira ? »
L’homme hocha la tête et répondit : « Eee, Joshua. Aa ngeyako usiko…» Puis ils commencèrent à discuter avec force gestes des deux mains.
Un peu surprise, Poppy demanda à Gretchen Vogt : « Il a pris un cours accéléré de swahili avant de venir, votre copain ?
— Pour info, le swahili, c’est mille bornes plus au nord, répondit l’intéressée en haussant les épaules. Ici, on parle shona. Et pas besoin de cours. Josh est ce qu’on appelle un hyperpolyglotte : il suffit de le parachuter dans un bled, il va au bistrot du coin et paye le coup à deux trois mecs ; en une heure, il sait baragouiner les phrases simples et en deux jours il connaît la langue par cœur.
— Intéressant…» murmura Poppy. Mais elle n’eut pas le temps d’épiloguer : Joshua venait de serrer la main du type en lui disant : « Wazvita ako ! Sarai zvakanaka ! » Puis il se rapprocha des deux femmes et déclara :
« Tous les conduits partent de la centrale située derrière les dortoirs des ouvriers. Ce n’est pas très loin d’ici, mais…»
Poppy Borghese était déjà en marche.
13 h 49 UTC
Le hangar était poussiéreux et sentait le renfermé. Un peu à l’écart de l’esplanade centrale, il n’était pas gardé, et ils n’avaient eu aucune difficulté pour y pénétrer. La plus grande partie de l’espace était occupée par une énorme machinerie d’où émergeaient plusieurs tubulures de fort calibre qui plongeaient verticalement dans le sol.
« La centrale de ventilation de la mine, expliqua Joshua Tewaru. Elle est à l’arrêt depuis une trentaine d’heures. L’air est normalement aspiré en surface, comprimé, et distribué à tous les secteurs souterrains par les tuyaux que vous voyez ; au–dessous du niveau 60, soit environ mille cinq cents mètres de fond, l’air transite d’abord par des unités de refroidissement situées dans les galeries principales ; cela permet de maintenir la température ambiante aux alentours de 40 °C au niveau des fronts de taille les plus profonds, même si le rocher reste brûlant…
— Ingénieux, dit Poppy. Où se trouvent les conduits qui mènent aux niveaux inférieurs ?
— Ici », répondit une nouvelle voix.
Surprise par la sonorité caverneuse, elle se retourna et se retrouva face à l’être humain le plus volumineux quelle eût jamais vu. Sa stature colossale faisait paraître Joshua presque fluet, et les muscles énormes de ses bras ressemblaient à des câbles de marine ; deux bons quintaux de viande, estima–t–elle, et pas beaucoup de graisse autour. Son crâne entièrement rasé, son visage aux saillies osseuses prononcées et toutes les parties découvertes de son corps étaient couverts d’innombrables cicatrices blafardes ; il lui manquait l’oreille gauche et quelques centimètres de lèvre supérieure. Le type semblait être passé sous une moissonneuse-batteuse, en être ressorti vivant et avoir recommencé une douzaine de fois. Sous une paire d’arcades sourcilières qui n’auraient pas déparé l’homme de Neandertal, deux petits yeux bleus la regardaient avec un éclat ironique.
« Poppy, je vous présente Vassili Hautamâki, alias One-Shot, dit Joshua. Vassili est notre spécialiste en ingénierie, mais il possède aussi… disons, un certain talent pour les armes à feu, d’où son surnom. »
Décontenancée par le physique du géant, la jeune femme n’avait même pas remarqué l’arsenal qu’il trimbalait sans effort apparent. À l’épaule gauche il portait un Barrett M82, le fusil de précision ultra-puissant de l’armée américaine, et un vieux Dragunov SVD à la crosse de bois couverte d’entailles qui semblait presque fragile en comparaison ; son épaule droite supportait une arme énorme aux lignes épurées, et Poppy mit une ou deux secondes pour reconnaître la redoutable mitrailleuse lourde General Dynamics LW50 modèle 2011… En tout, soixante kilos de ferraille qui avaient l’air de lui faire autant d’effet qu’un timbre-poste, se dit–elle.