Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 56 sur 319

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Point Zéro

14 h 06 UTC

Un bon soixante degrés, et ça s’accélère. Encore jouable, mais tout juste.

Elle releva les yeux. L’hélico était revenu et faisait un stationnaire à distance respectable ; Caleb les observait à travers la verrière, mais l’expression de son visage n’était pas visible. Espérons qu’il a assez de couilles, se dit–elle encore en lui faisant un bref geste de la main. Dans le même mouvement, elle saisit fermement la tarière qui était leur seul point d’ancrage ; comprenant son intention, Sarah poussa un jappement de terreur auquel elle ne prêta aucune attention : « C’est parti, Sarah, dit–elle en arrachant la tige d’un coup sec. Tu n’es pas forcée de regarder. »

Au moment même où elles entamaient leur glissade, Poppy entendit une voix. Venue d’on ne sait où et à peine audible tant le vacarme de l’iceberg à l’agonie était devenu assourdissant, mais cependant tout à fait reconnaissable ; dans l’instant, elle sut que cette voix la hanterait pour le restant de ses jours.

« Pour l’amour de Dieu, est–ce que quelqu’un pourrait me tirer de là ? »

 

14 h 06 UTC

 

Complètement dingue. Impuissant à empêcher ce qui lui semblait du suicide, Caleb avait observé la manœuvre depuis son poste de pilotage ; dans le même temps, il comprenait que Poppy n’avait pas eu d’autre choix. Maintenant, c’était à lui de jouer : tout allait dépendre de la rapidité avec laquelle il serait capable de les récupérer. En spécialiste des missions en milieu hostile, il savait que le délai de survie sans équipement dans une eau proche du point de congélation ne dépassait pas quelques minutes – à supposer bien sûr que l’impact initial ne les tue pas sur le coup, mais c’était un facteur qu’il ne maîtrisait pas et donc sans importance.