Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 234 sur 319

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Point Zéro

12 h 53 UTC

Moins de deux secondes plus tard, l’appareil rétablissait tout aussi brutalement son assiette à cent mètres au–dessous de sa position initiale, et tout ce qui venait de s’envoler retomba au plancher. Un concert de cris et de jurons s’éleva sur la fréquence générale.

C’est alors que survint le second choc : le Dornier parut soudain comme secoué par la main d’un géant, alors qu’éclatait une énorme déflagration aussitôt suivie d’un affreux fracas de métal déchiré. L’espace d’un instant, l’avion sembla sur le point de se disloquer, puis les vibrations s’atténuèrent ; pour autant, le calme n’était pas entièrement revenu : un inquiétant cliquetis provenait maintenant des moteurs, tandis qu’un sifflement assourdi signalait des brèches dans le fuselage.

« Bon sang ! s’exclama Kjölsrud. Qu’est–ce que… ?

— Appel général ! fit Caleb en l’ignorant. Pour ceux qui n’ont pas encore pigé, on vient de se faire tirer dessus. Rapport avaries, vite !

— C’est pas bon ! cria Joshua depuis le compartiment machines. Pression d’huile à zéro sur le un, en train de chuter sur les deux et trois – je crois que leurs alims sont communes. Le un s’est emballé, aiguille des tours en butée. Et il chauffe déjà méchamment…»

Caleb jeta instinctivement un coup d’œil à l’extérieur : de son poste, il lui suffisait de tourner la tête pour voir les trois moteurs bâbord. Un frisson glacé lui parcourut l’échine : « Plus d’hélice sur le un, Josh ! hurla–t–il. Et il ne chauffe pas, il crame ! Mets-le tout de suite en rideau ! »

Des flammes et une épaisse fumée noire commençaient en effet à se dégager du moteur endommagé. Il y eut quelques secondes de battement entrecoupées des jurons de Joshua, puis celui–ci lâcha d’une voix tendue : « Ça ne marche pas, Cal ! On n’a même pas d’extincteurs automatiques sur ce tas de ferraille ! Le moteur ne répond plus. Et je n’arrive pas à trouver ces foutus coupe-circuits d’admission de carburant ! »

Kendall Kjölsrud se leva d’un bond et se précipita vers le local situé en arrière du cockpit. « Ne touchez à rien, Joshua ! cria–t–il. Je viens vous aider ! »

 

12 h 53 UTC

 

One-Shot se releva en grognant. Il était en train de remonter le pont passagers en quête d’un fauteuil suffisamment solide et confortable pour l’accueillir durant la phase d’amerrissage lorsque le sol s’était dérobé sous ses pieds. Après avoir durement heurté le plafond, les quatre cents livres du colosse avaient tout aussi sèchement regagné le plancher avec une secousse à lui briser les os. L’instant d’après, un choc gigantesque venait éventrer la partie gauche du fuselage à seulement quelques mètres en avant de lui : s’il s’était trouvé plus loin dans le couloir à ce moment, il aurait très probablement été tué sur le coup malgré sa combinaison de protection.