Point Zéro
Chapitre 18
1er mars 2018 – 03 h 10 UTC
« Et depuis quand est–ce que tu parles ? » s’exclama une Poppy Borghese à peine revenue de sa surprise.
À tout autre moment, le fait de la voir s’adresser à sa propre combinaison aurait paru cocasse, mais pour l’heure personne n’avait envie de rire.
< Cela fait partie de mes fonctionnalités de base, mademoiselle, répondit la voix synthétique avec son impeccable accent oxfordien. Mais je me dois de réserver ce type de manifestation aux circonstances requérant une aide extérieure pour l’accomplissement de ma mission. >
— Qui est ? demanda Gretchen Vogt, amusée malgré elle par le ton ampoulé de l’IA.
< Préserver cet équipement et la personne qui se trouve à l’intérieur, mademoiselle Vogt. >
— Jeeves dit vrai, Poppy, intervint Viktor Bernstein. Tu le saurais si tu avais lu le mode d’emploi de ta combi au lieu d’en faire des cocottes en papier.
— Peu importe, dit Caleb en se tournant vers Poppy. Jeeves… ou quel que soit ton nom, qu’est–ce qui te fait penser que nous courons à l’échec ? Tu t’y connais en explosifs militaires ?
< Jeeves ira très bien, monsieur. Je n’ai aucune compétence en matière d’explosifs – et aucune raison de remettre en question les calculs de mademoiselle Vogt. En revanche je puis vous prédire que cet avion sera détruit dans les dix secondes suivant son envol, avec une probabilité que j’estime supérieure à 99 %. >
— Et tu tires ça de ton chapeau ? rigola Poppy.
< Non, mademoiselle. Du fait que le navire de nos assaillants vient de se déplacer et de mouiller juste en face de notre position, avec tout son armement braqué sur nous. Ce qui ne laisse guère de doutes sur leurs intentions, je le crains. >
Cette fois, Poppy éclata carrément de rire : « Tu dois avoir les fils qui se touchent, Jeeves ! pouffa–t–elle. Tu vois à travers cinq mètres de béton, maintenant ?
< Ce n’est pas nécessaire, mademoiselle. Il me suffit de regarder par la fenêtre. >
— Assez ! s’insurgea Kendall Kjölsrud d’un ton agacé. Nous perdons notre temps ! Quelle fenêtre, bon sang ?
< Celle de votre cabine, monsieur. >
Il y eut un instant de flottement dans la pièce minuscule. L’incompréhension se peignit sur les visages, tandis que certains ne pouvaient s’empêcher de jeter un coup d’œil au hublot à côté duquel était assis Viktor Bernstein ; mais, bien sûr, l’ouverture ne montrait que la surface grisâtre unie du mur sud du hangar.
< Pardonnez-moi, je crains de m’être exprimé de façon ambiguë, reprit l’IA avec un toussotement gêné. Je parlais en fait de votre cabine sur le Global Defender – et en parlant à la première personne, je me référais bien sûr au réseau local que je partage avec les entités embarquées. >
— Attends, dit Gretchen Vogt. Tu veux dire que tu es connecté à l’IA du Defender ?
— Alors nous sommes sauvés ! s’écria Sarah Miller d’une voix excitée. Il suffit de lui demander de diffuser un message de détresse ! »
À nouveau un petit toussotement.
< Je crains que non, miss Miller. L’IA centrale du Defender s’est crashée juste avant l’assaut de nos ennemis ; un événement qui n’a rien d’accidentel, j’en ai peur. Notre infosphère WiMAX inclut seulement l’asimov en veille dans la suite de monsieur Kjölsrud – c’est lui qui nous fournit les données visuelles – les deux hobbits encore à bord, plus quelques autres mobiles également équipés de terminaux. Aucune de ces entités ne dispose de fonctionnalités com longue distance. >
— Tout ça ne nous mène à rien, grinça Kjölsrud en hochant la tête. Ce n’est pas avec ça que nous pourrons sortir d’ici sans nous faire allumer aussitôt !