Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 225 sur 319

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Point Zéro

12 h 31 UTC

 

Le capitaine Anatoly Bogdossian coupa la postcombustion de son Sukhoï Su-47 « Berkut » et stabilisa son avion à l’altitude de cinquante-deux mille pieds qu’ils conserveraient jusqu’à l’approche de la cible. À seulement vingt-trois ans, le jeune officier était sorti second de la prestigieuse Académie des Forces aériennes de Moscou et était considéré par ses supérieurs comme l’un des meilleurs pilotes de sa génération.

Le minimum exigible pour avoir l’honneur de s’asseoir aux commandes du meilleur intercepteur jamais construit.

Bogdossian jeta un coup d’œil par la verrière très profilée du cockpit monoplace. À un demi-mille de part et d’autre de sa position, ses deux ailiers se détachaient nettement sur le ciel bleu indigo dépourvu de tout nuage. La géométrie inusitée des blindages anéchoïques et surtout la forme très particulière de la voilure en flèche inversée – les extrémités des ailes pointant vers l’avant – rendaient les appareils immédiatement reconnaissables. Bien que son prototype de démonstration eût volé dès 1997, le Su-47 n’avait commencé à être produit en petite série qu’à partir de la fin 2013. À ce jour, moins d’une quarantaine d’exemplaires étaient sortis des usines de Novossibirsk, dont un tiers se trouvaient à bord de l’Ivan Grozny; la faute au coût prohibitif d’un engin construit à quatre–vingt–dix pour cent en titane et en composites de carbone, et à son avionique incroyablement sophistiquée.

Mais l’avion portait bien son surnom : l’aigle de Sibérie, seul oiseau capable de s’attaquer aux loups. Ultra-rapide, ultra-furtif, ultra-manœuvrable.

Ultra-mortel.

Les trois appareils faisaient route au 280 depuis vingt-huit minutes, et à leur vitesse de croisière de Mach 2,3 avaient parcouru un peu plus de la moitié de la distance les séparant des côtes de Géorgie du Sud. Ils n’auraient pas leur cible en visuel avant encore une bonne vingtaine de minutes, mais cela n’avait aucune importance : le vieil avion qui se traînait à quatre cents milles sur leur avant était déjà représenté avec un luxe inouï de détails sur l’affichage de bord, l’image étant rafraîchie seconde par seconde au moyen des données télémétriques des satellites de surveillance qui ratissaient la zone.