Point Zéro
03 h 16 UTC
Hors d’haleine, le yefreïtor Karol Spivak rejoignit le sergent Alexeiev près du portail de séparation dans le mur de béton. Derrière eux, l’atmosphère viciée avait déjà éteint les flammes de l’incendie, mais les décombres du Dakota continuaient à se consumer à bas bruit dans un rougeoiement sinistre. Les deux derniers hommes du commando descendirent prestement en rappel le long de la paroi, complétant le groupe de six qui venaient de prendre pied sur le sol du hangar. Deux autres hommes étaient restés en faction dans la cavité d’accès : le caporal Duryagin et un nommé Vasil Khandayev, un colosse bouriate qui savait à
peine épeler son nom mais excellait au samoz(32) comme au tir de précision.
Alexeiev laissa quelques secondes au reste de ses soldats pour le rejoindre et prendre position, armes braquées, derrière le portail qui était pour l’heure fermé par une sorte de rideau métallique coulissant.
« Tout le monde est paré ? demanda–t–il. Dès que c’est ouvert, feu à volonté sur l’avion. Dommages maximum. »
Joignant le geste à la parole, il s’arc-bouta et, avec l’aide de Spivak, ouvrit d’un seul coup le rideau.
Les deux hommes restèrent bouche bée.
L’ouverture du portail était tout entière obstruée par le flanc rouge vif d’un antique camion de pompiers.
Un engin brillant de tous ses chromes qui semblait sorti d’un film des années trente, tout en ayant l’apparence du neuf.
« Putain ! hurla Spivak. Ils ont même crevé les pneus ! »
Effectivement les pneus avaient été méthodiquement lacérés de sorte que le véhicule reposait maintenant sur ses jantes, laissant moins de vingt centimètres entre son fond de caisse et le sol du hangar.
Aucun moyen de le déplacer.
Et, même en rampant, il était impossible de passer dessous.
03 h 16 UTC
La troisième tentative de Joshua fut tout aussi infructueuse que les deux précédentes : même ronronnement interminable des démarreurs, entrecoupés de quelques hoquets sporadiques. Mais les moteurs refusaient obstinément de démarrer.