Point Zéro
13 h 23 UTC
— « Tube un, paré à lancer.
— « Lancez, monsieur Cordell. »
Le long cylindre d’acier et de matériaux composites qui jaillit de l’un des quatre tubes lanceurs de l’USS North Carolina avait les dimensions exactes – un peu moins de six mètres de long pour cinquante-trois centimètres de diamètre – de la fameuse torpille Mk-48 dont les versions successives équipaient depuis plus de quarante ans l’ensemble des sous– marins d’attaque américains.
La ressemblance s’arrêtait là.
À peine sorti du tube, l’engin amorça son moteur primaire, une puissante turbine électrique couplée à un hydrojet, qui lui permit d’atteindre en moins de dix secondes une vitesse de cinquante-cinq nœuds. Mais ce n’était qu’une mise en jambes : dès que la torpille eut dépassé les cinquante nœuds, la forme très particulière de son nez – un cône en alliage de titane assez évasé et parcouru de profondes rainures dont le dessin était à lui seul un des secrets militaires les mieux gardés de l’US Navy – initia le processus de supercavitation : au contact de la pièce métallique, l’eau de mer en se vaporisant se mit à former une bulle immatérielle, d’abord limitée au niveau de la coiffe, mais qui, en grossissant et en se développant vers l’arrière, finit par englober complètement l’engin. C’était le signal qu’attendait le calculateur embarqué pour lancer le moteur principal : non pas un classique système d’hydrojets ou d’hélices contrarotatives comme sur une torpille conventionnelle.
Mais un propulseur fusée à carburant solide, directement dérivé de celui du missile mer-mer AGM-123 Skipper II.
À ce moment, la torpille se mit vraiment à accélérer.
13 h 23 UTC
« Écho sous–marin au 048 ! hurla l’officier sonar. Signature d’une torpille ! »
L’amiral Atanassiev avait à peine eu le temps de déplacer sa masse imposante en direction de la console sonar avant que l’avertissement n’éclate. Quoi ? pensa–t–il en un éclair. Au nord–est ? Mais le Stratton est de l’autre côté !