Point Zéro
12 h 55 UTC
Stupéfaits d’être encore en vie.
Alors que le silence retombait, deux bruits distincts se firent entendre : un martèlement lent et irrégulier issu des profondeurs de l’épave, associé au retour d’une sensation nauséeuse qu’ils connaissaient bien. Et le hurlement des tuyères d’un ou plusieurs chasseurs à réaction. Caleb leva instinctivement les yeux : à mille pieds de hauteur, trois silhouettes noires à voilure inversée se détachaient sur le ciel grisâtre et entamaient un large virage au–dessus de la vallée.
« Trouvons les autres et sortons vite d’ici ! hurla le jeune homme. Ils viennent nous finir ! »
12 h 55 UTC
« Mais, amiral, il y a peut–être des survivants, émit le capitaine Anatoly Bogdossian. Demande autorisation de faire une dernière passe pour terminer le travail. »
En plus des missiles R-73M qui pouvaient être reconfigurés pour une attaque air/sol, chacun des trois « Berkut » était équipé d’une paire de bombes KAB-500KR à guidage laser et charge militaire renforcée. Bien plus qu’il n’en fallait pour achever de réduire en confettis le vieil appareil ainsi que ses occupants et revenir ensuite au bercail avec la certitude du devoir accompli.
« Bien reçu, capitaine. Bon boulot, fit la voix de l’amiral Atanassiev. Négatif pour second passage, vous êtes en limite d’autonomie. Ramenez-nous vos trois oiseaux en bon état. Terminé, Rapace.
— « Bien reçu, amiral. Abandonnons, je confirme : abandonnons attaque en cours. Prenons le chemin du retour, ETA 1405. Rapace à Ivan, terminé. »
Alors que les trois appareils sortaient de leur virage tendu et prenaient doucement le cap au 102 qui les ramènerait à leur base flottante, Bogdossian se demanda un instant ce qui avait bien pu motiver ce revirement de dernière seconde. Mais il haussa aussitôt les épaules – du moins autant que le lui permettait sa combinaison anti-g très ajustée.