Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 258 sur 319

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Point Zéro

12 h 17 UTC

« Fort et clair, colonel, murmura–t–il. On va creuser votre trou. Mais vous serez mort avant la fin de cette journée. »

 

12 h 17 UTC

 

On aurait dit une comptine d’enfant, fredonnée en boucle par un dément au fond de sa cellule capitonnée. La voix marmonnait si bas qu’elle ne discernait pas les paroles, pourtant l’air lui était vaguement familier…

Comme si elle avait déjà entendu ça quelque part, sans qu'elle se rappelât où ni quand.

Une chose était certaine : l’être qui chantonnait tapi dans les ténèbres était mortellement dangereux – tout son instinct le lui criait. Silencieuse comme une ombre, elle fit deux pas en arrière et s’accroupit au pied de la paroi rouillée qui formait l’un des murs de sa prison. En tâtonnant parmi les débris au sol, elle finit par trouver une sorte de tige métallique longue comme le bras et s’en empara avec soulagement. Mieux que rien, se dit– elle. À ce moment, la créature s’arrêta de chanter, et le silence revint. Tous les sens aux aguets, Poppy Borghese se figea en scrutant l’obscurité.

L’attaque fut soudaine et d’une violence extraordinaire. Elle eut juste le temps d’entrevoir une forme blanchâtre qui se précipitait sur elle à une vitesse impensable ; par pur réflexe, elle se jeta de côté et, au même instant, quelque chose d’énorme – un poing ? – s’écrasa avec fracas contre la paroi métallique à l’endroit précis où sa tête se trouvait un quart de seconde auparavant.

Enchaîne. Vite.

Poursuivant son mouvement latéral, elle virevolta sur elle–même et, au jugé, planta de toutes ses forces son épieu improvisé à l’endroit où elle pensait trouver son assaillant. Avec une jubilation sauvage, elle sentit la pointe forcer une résistance caoutchouteuse puis s’enfoncer profondément dans quelque chose de mou, pendant qu’un grondement inhumain éclatait tout près de son oreille. Pensant avoir mortellement touché son adversaire, elle commit l’erreur de rester une demi–seconde immobile ; ce fut suffisant pour que la barre métallique lui soit arrachée des mains avec une force inimaginable tandis qu’une patte griffue fendait l’air dans sa direction, lui entaillant cruellement la joue et manquant de la scalper.