Point Zéro
03 h 17 UTC
« Je ne pige pas ce qui se passe, dit–il d’une voix de plus en plus inquiète. Hier, ils sont partis au quart de tour…
— Moi je sais, dit soudain Caleb. C’est l’oxygène.
— Quoi ?
— Avec le groupe électrogène qui tourne depuis presque douze heures, nous avons dû bouffer une bonne partie du peu qui restait. Il y en a encore assez pour faire tourner un diesel, mais pas pour le lancer…
— Bon Dieu ! murmura Kjölsrud devenu pâle comme un mort. Vous avez raison. Tout est foutu ! »
Mais Caleb était déjà debout : « Non ! Il y a encore une solution ! » dit– il avec force en saisissant au vol la dernière bouteille d’oxygène – celle-là même qu’il avait failli ouvrir quelques instants plus tôt. En deux enjambées, le jeune homme était dans le local machines et commençait à gravir l’échelle verticale qui rejoignait l’aile de l’appareil ; au moment où il allait se hisser au travers du trou d’homme, il se retourna vers Joshua et lui dit, essoufflé :
« Tiens-toi prêt, Josh. Il n’y aura pas de deuxième service. »
03 h 17 UTC
Ça commençait à devenir juste. Très juste.
Mentalement, One-Shot fit le compte des munitions qui lui restaient. Trois cartouches dans le Dragunov, une douzaine dans le chargeur de la mitrailleuse. Ses compagnons n’étaient pas mieux lotis : Jenkins avait encore un chargeur de réserve pour son SR-25, Vandell Richardson quelques balles dans celui de son pistolet mitrailleur Herstal P90 ; quant à Poppy, qui était équipée de la même arme, elle venait juste de la balancer à terre avec un juron d’une rare obscénité.
Le problème était que les Russes avaient quelque peu modifié leur tactique. Dissimulés derrière l’encadrement massif du portail, ils se contentaient de tirer au jugé quelques rafales d’AN-94 sans s’exposer, avant de replonger aussitôt à l’abri. Une démarche a priori peu efficace, mais, à terme, ils allaient immanquablement finir par toucher quelque chose d’important. À deux reprises, ils avaient aussi essayé de remettre un RPG en batterie, mais One-Shot avait à chaque fois réussi à repousser l’attaque.
Au prix de précieuses munitions.