Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 272 sur 319

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Point Zéro

13 h 22 UTC

Le commandant Zaitssov était hors d’haleine lorsqu’il pénétra de nouveau sur la passerelle, où le calme revenait peu à peu. Incroyable, pensa l’amiral Atanassiev en prenant soin de dissimuler son amusement. Il a trouvé le temps de se changer !

Effectivement, l’uniforme de l’officier en second était désormais impeccable et ne comportait plus la moindre tache suspecte. Son supérieur le toisa de haut en bas, puis murmura : « C’est bien, monsieur Zaitssov. On va peut–être vous épargner la cour martiale… Rapport d’avaries, s’il vous plaît.

— Aucun dégât de structure à part quelques vitres, monsieur. Toute l’électronique tourne à nouveau, systèmes opérationnels à cent pour cent.

— Pour ce que ça nous a servi… jeta l’amiral avec une lourde ironie. Les personnels ?

— Cinquante-quatre hommes au tapis avec des lésions de blast et des barotraumatismes plus ou moins graves ; la plupart ont les tympans percés. Nous avons aussi quelques coupures par bris de verre et des contusions variées chez ceux qui ont été jetés à terre par l’onde de choc. Mais ni mort ni blessé grave. »

Atanassiev haussa ses épaules de bûcheron : « Ces idiots n’avaient qu’à porter leurs bouchons d’oreilles ; en principe, c’est obligatoire sur le pont d’envol. Peu importe. Rafraîchissez-moi la mémoire, monsieur Zaitssov… Quel est le nom de ce bâtiment américain qui vient de se joindre à notre petite fête, déjà ?

— Le Stratton, monsieur.

— Le Stratton, c’est ça… Veuillez le contacter, je vous prie. J’aimerais bien dire deux mots à son commandant. »

 

13 h 22 UTC

 

Caleb souleva avec effort une nouvelle pelletée de terre gelée pour la balancer hors de la tombe ; comme ses deux compagnons, il s’était mis torse nu et transpirait à grosses gouttes malgré la température plus que fraîche.

Si la première partie de leur travail d’excavation s’était révélée presque trop facile, il n’en était plus de même maintenant qu’ils avaient atteint le permafrost ; à la profondeur où ils creusaient désormais – environ un mètre cinquante – le sol qui n’avait pas dû dégeler depuis des décennies avait acquis une consistance dure et compacte proche de celle du béton. Même avec la force démesurée de One-Shot, qui maniait la pioche, le labeur était devenu harassant et ne progressait plus que centimètre par centimètre.

Bien trop lentement pour le colonel Baranko qui, alternant menaces et insultes, ne cessait de les harceler pour qu’ils accélèrent. En proie à une exaspération croissante, Caleb sentait que les choses risquaient de déraper sous peu ; One-Shot surtout ne faisait plus aucun effort pour dissimuler la haine que lui inspirait le Russe : « Si connard s’approche encore, s’exclama tout à coup le géant d’une voix furieuse, lui fous coup de pioche pleine gueule ! »

Précisément, Baranko revenait une nouvelle fois vers eux, l’injure à la bouche. Caleb banda ses muscles et serra les mains sur le manche de sa pelle, comprenant qu’une escalade de violence était imminente ; pour autant, il ne se faisait aucune illusion sur l’issue de ce qui serait, au mieux, un baroud d’honneur : outils de terrassement contre fusils d’assaut, il n’y avait pas photo.

Quand, soudain, tout se figea : le bruit caractéristique d’une fusillade venait d’éclater dans le lointain.

Dans la direction des bâtiments de Grytviken.

Stupéfait, Baranko s’arrêta sur place, interrogea ses hommes du regard puis sortit un émetteur radio dans lequel il commença à gueuler en russe. Les nouvelles ne devaient pas être bonnes, car il se mit bientôt à hurler encore plus fort. Caleb se retourna pour voir ce qui se passait, mais tout semblait calme à proximité du cimetière ; par contre, un détail d’importance attira son attention.

Toujours accroupi dans la neige et tenu en respect par un des gardes, Kendall Kjölsrud lui adressait un clin d’œil appuyé.

Au loin, la fusillade redoubla, accompagnée d’une formidable explosion. Baranko cria une dernière bordée d’injures puis coupa la transmission d’un geste rageur. C’est alors seulement qu’il se rendit compte que Caleb et ses amis avaient cessé de creuser.

« Qu’est–ce que vous regardez, McKay ? hurla–t–il en levant son arme. Remettez-vous tout de suite au boulot ou je fais un carton sur le gros porc ! »

Caleb haussa les épaules et recommença à creuser.