Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 182 sur 319

Pages du PDF

Point Zéro

03 h 18 UTC

L’énorme moteur diesel émit soudain quelques borborygmes creux puis démarra d’un seul coup dans un grondement infernal, en expulsant un colossal panache de fumée noire par ses tubulures d’échappement. Les deux hélices de presque quatre mètres de diamètre se mirent aussitôt à tourner et prirent rapidement de la vitesse.

Caleb faillit mourir à cet instant.

Aspiré par le remous de l’hélice avant, il se sentit irrésistiblement attiré dans le vide et ne dut sa survie qu’au réflexe fulgurant qui lui fit saisir d’une main l’entretoise métallique à la base du moteur. Pendant un instant d’éternité, le jeune homme fut comme suspendu en l’air par cette seule prise, son autre main se refusant à lâcher la bouteille d’oxygène ; si près de lui qu’elle semblait sur le point de le happer, la gigantesque hélice hachait l’air avec un vrombissement terrifiant, la vitesse ne permettant plus de distinguer ses pales.

Puis il réussit à reposer les deux pieds sur l’aile et se réfugia aussitôt à bonne distance des remous, le cœur prêt à exploser. Il se rendit compte qu’il tenait toujours la bouteille, et sans même songer à reprendre son souffle en referma précipitamment le robinet pour ne pas gaspiller le précieux gaz. Relevant la tête, il constata que le moteur semblait tourner de façon à peu près régulière, avec juste quelques hoquets. Sans plus attendre, il revint sur ses pas et se posta au pied du moteur deux. Tant pis pour la séquence normale de démarrage, pensa–t–il. Je ne vais pas m’amuser à faire des allers-retours.

Levant la bouteille au–dessus de sa tête, il reprit la position qu’il avait adoptée quelques instants plus tôt.

Puis il tapa deux fois du talon.

 

03 h 18 UTC

 

Pendant que One-Shot faisait le guet avec son Dragunov, Poppy et Jenkins avaient allongé le blessé aussi confortablement que possible à l’abri du flotteur. L’impact avait profondément étoilé la visière blindée, juste au– dessus de l’œil gauche. Sans retirer le casque, il était difficile de dire si la balle avait pénétré ou si elle s’était contentée de rebondir sur le verre synthétique ; il y avait pas mal de sang à l’intérieur, là encore sans qu’on pût en déterminer l’origine : simple saignement de nez ou blessure plus grave ? En tous cas, Vandell Richardson était d’une pâleur mortelle – d’après la biométrie de sa combi, il était encore en vie, mais, dans le meilleur des cas, il était complètement sonné par le choc.