Point Zéro
22 h 10 UTC
Pendant que Timofeiev et les deux autres débouchaient à leur tour de la galerie, Tomski entreprit d’inspecter la cavité. Le grand panneau métallique accroché à droite du portail attira son attention, et il entreprit de le déchiffrer laborieusement. Il éclata de rire devant l’inscription « DANGER DE MORT – Accès interdit sans autorisation des autorités compétentes », et cracha par terre de mépris. Puis il saisit son communicateur et transmit au Vladimir Karvaiyski le message codé indiquant qu’ils étaient en place.
« Repos, les mecs, dit–il ensuite à ses hommes. On attend les ordres. Autorisation de fumer – et de m’en filer une. »
22 h 10 UTC
À l’extrémité du membre mutilé, le gros orteil était maintenant parfaitement formé, et les ébauches de deux autres commençaient à apparaître. Le pied repoussait littéralement à vue d’œil.
Voilà donc pourquoi ils le gardaient dans cette cage depuis si longtemps, se dit Guennadi Baranko. Pas pour son efficacité au combat. Mais à cause de ceci. Qu’ils espéraient reproduire un jour.
Mais quel rapport avec Kjölsrud ?
Et pourquoi est–ce que Iazov a l’air d’en faire une affaire personnelle ?
Un changement subtil dans la respiration du monstre tira Baranko de l’abîme de réflexion où il était plongé depuis de longues minutes. Il se rendit compte que Yngvi avait les yeux grands ouverts et le contemplait de son regard aveugle depuis un temps indéterminé. L’instant d’après, il ressentait la sensation d’intrusion désormais familière.
/Guennadi. Ami/
Rien d’agressif cette fois, les mots semblaient venir de très loin. Et ne s’accompagnaient d’aucune des visions de mort que l’esprit de la créature sécrétait d’ordinaire. Baranko se détendit un peu. Il mit un genou à terre et sortit de sa poche la petite boîte émaillée que lui avait remise Iazov, et à laquelle il n’avait pas encore touché depuis qu’il se trouvait dans la cabine ; il la considéra un instant comme s’il pesait le pour et le contre, puis sembla se décider et, d’un geste délicat, la déposa sans l’ouvrir entre Yngvi et lui.
« Content que tu t’en sois tiré, dit–il au monstre qui ne l’avait pas quitté des yeux une seconde. Je crois qu’il est temps que nous ayons une petite conversation, tous les deux ».