Point Zéro
08 h 19 UTC
En quelques enjambées, la jeune femme escalada le petit talus caillouteux formé par le ressac qui empêchait de distinguer le haut de la plage. Parvenue au sommet, elle s’immobilisa aux côtés de Caleb et émit un long sifflement de stupéfaction. Le spectacle était hallucinant. Et pourtant, quelque part, d’une étrange banalité.
08 h 19 UTC
Le gros hélicoptère MIL Mi-17 déposa doucement le second module de transport sur la surface gelée et largua les élingues avant de reprendre un peu d’altitude. Le pilote fit un signe amical par la verrière restée ouverte puis inclina son appareil pour regagner le brise–glaces toujours au mouillage ; la tempête de particules de givre qui fouettait les visages s’apaisa, et le vacarme des rotors fit peu à peu place au silence à mesure que l’engin s’éloignait.
Enfin dans l’action, se dit le lieutenant Pavel Tomski avec une satisfaction évidente. Tout valait mieux que le Vladimir Karvaiyski, avec ses coursives étroites et le croquemitaine qui y rôdait. L’officier activa le communicateur radio intégré à son casque : “Tomski au rapport, mon général. Sommes sur la terre ferme, bagages bien arrivés. On commence quand vous voulez.”
“Sur la terre ferme” était quelque peu excessif. Comme Tomski et ses hommes s’en étaient rendu compte dès leurs premiers pas sur la banquise du cap Norvegia, le terrain était particulièrement traître : une croûte de glace pourrie qui ne supportait pas leur poids, avec au–dessous un matériau ressemblant à de la poudreuse dans lequel on pouvait s’enfoncer jusqu’à la taille. Pas vraiment de quoi inciter au tourisme. Ses écouteurs grésillèrent quand la réponse du général Iazov se fit entendre : “Bien reçu, lieutenant”. Mettez-vous en route sans tarder. Et bonne chasse.
— Merci, général. »
Tomski coupa la communication et embrassa le paysage du regard. L’hélico les avait déposés sur la berge orientale de l’isthme du cap Norvegia, à l’endroit où celui–ci était le plus étroit. En arrière d’eux s’étendait l’ice shelf de Quar, plat comme la main, qui se prolongeait sur une trentaine de milles avant de déboucher sur la mer libre. De l’autre côté, la route qui les attendait était nettement plus accidentée : une banquise irrégulière traversée de profondes crevasses et parsemée