Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 16 sur 319

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Point Zéro

14 h 33 UTC

 

Retour au point de départ. En revenant sur ses pas, Poppy Borghese avait minutieusement passé la galerie au peigne fin, sans retrouver la moindre trace de McKay. Où pouvait–il bien se cacher ? Désorientée, elle contempla à nouveau l’imposant éboulis à l’emplacement de l’ascenseur numéro un. Réfléchis, Poppy. Essaie de penser comme lui. Par miracle, tu as réussi à t’échapper d’un piège mortel, mais ta situation ne s’est guère améliorée. Tu es épuisé, peut–être blessé. Tu crèves de chaleur. Tu es méchamment déshydraté et tu sais que tu n’en as plus pour longtemps. Tu pensais regagner la surface avec cet ascenseur mais, à la place, tu n’as trouvé que ce tas de gravats. Option suivante ?

L’ascenseur deux.

Restait à le localiser – en effet, le second puits n’aboutissait manifestement pas dans cette caverne. Vu la disposition des deux tours de chevalement en surface, il ne devait pourtant pas être situé à plus de cent mètres à l’ouest de sa position actuelle ; estimation qui se confirma lorsqu’elle constata que les convoyeurs de minerai issus des différentes galeries d’exploitation convergeaient tous vers un tunnel de dimensions plus importantes orienté dans cette direction. Elle suivit la galerie et déboucha bientôt dans une seconde caverne taillée dans le roc. L’obscurité était ici plus profonde ; seuls un néon tremblotant et quelques ampoules diffusaient encore une vague clarté. Le second ascenseur était bien là. McKay a dû être salement désappointé en voyant qu’il ne marchait plus, pensa la jeune femme ; idem lorsqu’il a dû essayer de contacter la surface et qu’il a réalisé que personne ne prenait la peine de décrocher… Qu’avait–il pu faire ensuite ? Poppy décida d’explorer la caverne, de plus en plus persuadée qu'elle allait bientôt buter sur un cadavre. Ses pas la menèrent vers un groupe de constructions en partie effondrées à l’extrémité de la cavité. C’est là que se trouvait le néon à moitié mort qui baignait la scène d’un clignotement sinistre. Il y avait aussi un gros transformateur électrique, un local à outils dont la porte avait été défoncée, un atelier qui devait servir pour les réparations, des latrines chimiques et un long bâtiment préfabriqué ; elle jeta un coup d’œil à l’intérieur et réalisa qu’il s’agissait d’une sorte de réfectoire à l’usage des mineurs.

Tiens, tiens…

L’intérieur de la cafétéria ne payait pas de mine. Une rangée de vestiaires rouillés à l’entrée, deux gros distributeurs de sodas, quelques tables renversées, des chaises éparses, un juke-box hors d’âge. À l’autre extrémité se trouvait une petite cuisine ; une pile de plateaux-repas s’était effondrée sur le sol devant le comptoir.

Minute, Poppy. S’ils servent des repas ici, il doit y avoir des frigos ! peut–être même une chambre froide ! Qu’est–ce que tu ferais si tu étais en train de cuire sur pied ?

Elle se précipita et poussa la porte de l’annexe au fond de la cuisine. Espoir aussitôt envolé. Le toit s’était partiellement effondré sous des tonnes de gravats, et ce qui restait de la pièce n’était plus qu’un fouillis indescriptible. Le local contenait bien une longue armoire frigorifique, mais le meuble avait été à moitié défoncé par une énorme poutre ; la nourriture qu’il renfermait s’était répandue au sol où elle était déjà en train de pourrir. Aucune trace de McKay.

Ça suffit, Poppy. Ce type doit se trouver sous un tas de cailloux, ou alors il s’est perdu dans une des galeries qui partent de la caverne principale, il y en a des dizaines de kilomètres.

Plus déçue quelle ne voulait se l’avouer, elle était sur le point de sortir du bâtiment lorsqu’elle manqua tomber en trébuchant sur un objet rond ; elle le ramassa et sourit malgré elle en reconnaissant une canette de Kjôl Cola, le produit phare de la K2 qui en l’espace de cinq ans était devenu le soda le plus vendu au monde.

Le monde est petit. Même ici, ils boivent cette saloperie !

La canette était intacte, et elle se demanda vaguement qui avait bien pu la balancer sans la boire. Elle haussa les épaules et allait abandonner l’objet lorsqu’elle réalisa soudain que ce n’était pas une, mais des dizaines de canettes de soda qui jonchaient le sol ; le bâtiment étant de guingois, la plupart avaient roulé et s’étaient amoncelées contre la paroi opposée, si bien qu’elle ne les avait pas remarquées en entrant. Toutes les canettes étaient intactes. Juste à côté se trouvait une curieuse structure métallique tordue qui paraissait avoir été arrachée d’un mécanisme plus volumineux ; quelques outils traînaient à terre : un long tournevis, une pince coupante… Poppy se releva brutalement et fixa le gros distributeur de boissons dont la masse imposante se dressait contre le mur. Mue par un espoir irraisonné, elle pressa la main sur sa paroi et sentit un ronronnement : l’appareil fonctionnait encore. Elle ouvrit à toute volée le panneau métallique.