Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 177 sur 319

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Point Zéro

03 h 15 UTC

« Qu’est–ce que tu attends, connard ? gronda le lieutenant Tomski dont les oreilles résonnaient encore des échos de la déflagration. Recommence ! Vite ! »

Osadchuk hocha la tête et se hâta d’introduire une nouvelle roquette dans le RPG, puis voulut se mettre en position pour un nouveau tir. Mais il dut aussitôt battre en retraite : à peine avait–il soulevé le tube d’acier de quelques centimètres au–dessus de l’armoire métallique que la mitrailleuse en face faisait entendre trois aboiements sonores ; l’une des balles s’écrasa sur l’encadrement du portail juste au–dessus de leurs têtes tandis que les deux autres traversaient l’armoire de part en part avant de se perdre dans le décor en arrière du commando. Constellés de poussière de béton, les deux hommes qui avaient été manqués de peu se réfugièrent précipitamment derrière le pilier gauche du portail.

« Je crois que ça ne va pas être facile, mon lieutenant…» souffla Osadchuk.

 

03 h 15 UTC

 

Ce qui frappait le plus dans le poste de pilotage du Dornier Do–X, c’était l’incroyable rusticité de l’instrumentation. En face du pilote et du copilote – les postes étaient interchangeables, toutes les commandes étant en double –, il n’y avait que trois cadrans : un compas, un altimètre et un indicateur de vitesse. Un simple inclinomètre tenait lieu d’horizon artificiel.

Bon sang ! pensa Caleb. Il y a dix fois plus d’indicateurs sur le tableau de bord d’un Cessna !

Les commandes de pilotage étaient tout aussi déconcertantes : il n’y avait pas de manche à balai mais, en face de chacun des deux sièges, une grande roue verticale semblable à celle d’un navire ; le dispositif actionnait la surface de direction de l’empennage vertical mais aussi, en inclinant le support de la roue d’avant en arrière, le gouvernail de profondeur et les volets d’aile. Deux pédales de part et d’autre de la roue permettaient un contrôle en roulis, en manœuvrant de façon séparée les volets d’aile. Il n’y avait bien sûr aucune assistance électromécanique ou hydraulique, si bien que le pilote devait peser de tout son poids sur les commandes pour parvenir à diriger l’énorme appareil.

Kendall Kjölsrud, qui venait de prendre place à la gauche de Caleb, eut un sourire amusé : « Comme vous êtes en train de vous en rendre compte, cette baignoire se pilotait plus à l’instinct et à l’huile de coude qu’aux instruments. Une expérience des vieux avions ?

— J’ai fait des vols de démonstration sur DC-6. Un Spitfire, aussi, lors des commémorations de la bataille d’Angleterre il y a sept ans.

— Je voulais dire vraiment vieux, commenta le milliardaire avec une grimace. Dans ce cas, sans vouloir vous froisser, c’est moi qui tiendrai les commandes pour le décollage. Vous prendrez la relève si… ou plutôt quand nous serons sortis de ce guêpier.

— Pas de problème », répondit Caleb en cherchant à tâtons une ceinture pour se harnacher – mais il n’y en avait pas non plus. Il remarqua par contre que les fauteuils étaient montés sur des rails permettant de les reculer de près de deux mètres ; Kjölsrud croisa son regard et eut un nouveau sourire : « Une autre des particularités de cet appareil, Caleb. Une fois atteintes la vitesse et l’altitude de croisière – c’est à dire ni très vite ni très haut – les sièges pouvaient être rétractés, et l’avion se pilotait debout. Exactement comme à la barre d’un navire. »

Caleb hocha la tête d’un air incrédule et essaya de se carrer de son mieux dans le fauteuil inconfortable. À trente mètres devant eux, l’immense portail de béton se dessinait telle une barrière infranchissable à travers les larges fenêtres vitrées du cockpit ; les dizaines de charges explosives que Gretchen y avait disposées avec une précision millimétrique y formaient comme une résille mortelle. Avec un pincement au cœur, le jeune homme réalisa qu’il était peut–être à moins d’une minute de mourir. Baissant les yeux, il avisa la bouteille d’oxygène, dernière survivante de la réserve du colonel Buckmaster, qu’il avait déposée entre les deux sièges. Il esquissa un geste pour l’ouvrir comme il avait envisagé de le faire quelques instants plus tôt.

C’est alors que des coups de feu se firent entendre à l’extérieur et que, presque simultanément, la roquette explosa contre le mur de droite du hangar.