Point Zéro
13 h 27 UTC
Puis il braqua son arme et lui tira posément une balle dans le ventre.
13 h 27 UTC
Il y eut un bruit énorme.
Mais ni la formidable explosion ni l’insoutenable flash lumineux que l’amiral Atanassiev s’était attendu à percevoir juste à l’instant de mourir.
On aurait plutôt dit le son creux d’une cloche démesurée heurtée par un marteau non moins gigantesque, ou alors le fracas d’un gong aux dimensions titanesques. Le tout accompagné d’une vibration presque douloureuse qui parcourut en un éclair le pont et les cloisons de l’Ivan Grozny, et que les officiers entourant l’amiral ressentirent jusque dans leurs os.
Et ce fut tout – en moins de deux secondes, le calme revint et l’on n’entendit plus que la sirène d’alarme qui continuait à hurler de façon monotone.
Les hommes sur la passerelle s’entre-regardèrent avec de grands yeux, partagés entre soulagement et incompréhension. Pourtant rompu à toutes les fortunes de mer, Atanassiev lui–même semblait comme frappé par la foudre. L’officier en second réagit enfin et s’empara du communicateur posé sur la console sonar : « Ici le commandant Zaitssov ! lança–t–il d’une voix forte. Appel à tout l’équipage ! Restez à vos postes de combat, alerte maximale maintenue jusqu’à nouvel ordre. Je veux tout de suite un rapport préliminaire d’avaries ! »
Pendant près d’une minute, l’officier resta immobile, une surprise croissante se lisant sur son visage pendant qu’il écoutait les messages successifs en provenance de tout le bâtiment.
« Eh bien ? finit par demander Atanassiev qui s’impatientait.
— Avaries minimes, monsieur, c’est incroyable ! D’après les capteurs de structure, la coque externe est enfoncée sur une dizaine de mètres à hauteur du pont quinze sur bâbord, mais sans rupture de continuité. Aucune voie d’eau a priori. La coque interne est intacte. Les réacteurs sont au régime nominal, propulsion OK, pas d’alerte radioactivité. Tous les systèmes de détection, communication et combat sont préservés. Et nous n’avons aucune perte humaine.