Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 191 sur 319

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Point Zéro

03 h 21 UTC

 

Les deux Russes muets de stupéfaction regardèrent le petit hélicoptère MH-6 Little Bird s’élever gracieusement au–dessus du pont du Global Defender, faire son point fixe à une quinzaine de mètres de hauteur, puis s’incliner sur le côté et venir vers eux en luttant contre le fort vent de travers. Avec une lenteur d’autant plus horrifiante qu’ils savaient exactement ce qui allait se passer.

Et qu’ils n’avaient aucun moyen d’y remédier.

Sortant de son hébétude, le colonel Baranko se mit à pousser des hurlements et à gesticuler dans l’espoir insensé d’alerter les officiers de quart sur la passerelle ; s’il y parvenait, il serait peut–être encore temps de réorienter l’unité CIWS verrouillée sur la plage, et d’abattre l’intrus en vol. Mais ce fut peine perdue : dans la pénombre ambiante et avec le vacarme des éléments déchaînés, personne ne faisait attention à lui.

Le capitaine Piotr Sabayev et son premier officier, le lieutenant Simon Tchoulkov, étaient tous deux occupés à consulter le dernier relevé météo satellitaire, qui indiquait une accalmie prévisible de la tempête dans les prochaines heures. Quelques instants auparavant, ils avaient bien ri à propos de Iazov et de son second qui préféraient risquer une pneumonie sur le pont plutôt que de suivre avec eux l’évolution des événements dans la tiédeur confortable de la timonerie. Un mouvement à l’extérieur attira soudain l’attention de Sabayev.

À quinze mètres de distance, ses surfaces métalliques luisant d’un éclat sinistre dans la lueur blafarde de la lune, un hélicoptère en approche rapide se ruait sur eux.

Le commandant du Vladimir Karvaiyski n’eut même pas le temps de réaliser qu’il allait mourir.

Une demi–seconde avant l’impact, l’IA qui pilotait le Little Bird fit une dernière manœuvre : actionner la purge d’urgence des réservoirs de carburant situés sous la bulle du cockpit. C’est donc entouré d’un aérosol en expansion fait de millions de gouttelettes d’essence aviation hautement inflammable que l’appareil d’une tonne et demi vint s’encastrer à pleine vitesse dans les verrières de la passerelle.