Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 89 sur 319

Pages du PDF

Point Zéro

12 h 42 UTC

 

Alors que les derniers mètres de glace se vaporisaient sous l’action de la lance thermique, la tension n’avait cessé de croître dans la galerie. Non pas l’excitation du chercheur touchant au but, mais plutôt ce mélange étouffant d’appréhension, de nervosité et d’accablement que l’on éprouve à l’approche d’un orage.

Avant que le travail d’excavation ne reprenne, Kendall Kjölsrud avait eu un long conciliabule avec Vandell Richardson, arrivé depuis quelques minutes. Sans que personne ne se soit concerté, l’entente fragile qui unissait le groupe depuis le début de la matinée avait volé en éclats, et les deux clans antagonistes s’étaient spontanément reformés : les dirigeants de la K2 et leurs porte–flingues d’un côté, Caleb et Joshua désormais flanqués de Gretchen et de One-Shot de l’autre. Un peu à l’écart, Viktor Bernstein avait une conversation à mi–voix avec Sarah Miller ; rien n’en filtrait mais, à voir leur expression, l’oncle et la nièce ne semblaient pas tout à fait du même avis – à vrai dire, ils avaient l’air de s’engueuler copieusement. Après avoir procédé à quelques relevés à l’aide d’une batterie d’appareils mystérieux, Sanjiv Chandra et ses assistants étaient maintenant occupés à inventorier le contenu d’une des nombreuses caisses qui s’entassaient le long des parois de glace.

Soudain, une forme allongée commença à se dessiner au plafond de la galerie, juste au–dessus du front de taille. Ils avaient atteint l’espèce d’auvent bétonné qui surmontait le portail. Du coin de l’œil, Caleb vit Kjölsrud faire un signe discret à Vandell Richardson, comme pour lui dire de se tenir prêt.

Il va se passer quelque chose. Et Kjölsrud a l’air de savoir quoi.

Fragilisé par la chaleur de la torche, le dernier pan de muraille glacée s’effondra d’un seul coup avec un fracas étouffé. Les projecteurs furent aussitôt braqués.

Le portail était sous leurs yeux.

Deux énormes vantaux de béton de chacun cinq mètres de côté, apparemment en meilleur état que le reste de l’Artefact : l’auvent semblait avoir joué son rôle en les protégeant du frottement du glacier. Aucune charnière ni aucun mécanisme d’ouverture n’étaient visibles. De part et d’autre du portail principal se dressaient deux portes en acier de dimensions beaucoup plus modestes qui pouvaient être des issues de secours ou l’entrée d’un poste de garde. Les deux panneaux étaient verrouillés, mais le métal mangé par la rouille promettait un accès plus facile vers l’intérieur qu’en s’attaquant au portail lui–même.

Mais tous les yeux étaient fixés sur autre chose.

Il y eut quelques murmures, puis un silence absolu se fit dans la galerie à mesure que chacun prenait conscience de ce qu’il contemplait. Une pensée furtive traversa l’esprit de Caleb.

Pourquoi diable est–ce que je m’attendais à un truc comme ça ?

Sur la partie droite du portail était boulonnée une vaste plaque métallique de quatre mètres sur trois. La peinture blanche en était un peu écaillée, mais l’inscription qui y figurait en énormes lettres d’imprimerie était encore parfaitement lisible.

 

BASE FRANKLIN D. ROOSEVELT

Périmètre Militaire sous la Juridiction des États–Unis d’Amérique

DANGER DE MORT

Accès interdit sans autorisation des autorités compétentes

 

Sur le haut du panneau se trouvait l’emblème de la base, un logo arrondi aux couleurs passées.

Il représentait un pic enneigé surmonté d’une étoile solitaire, avec dans un cartouche la devise AD ASTRA.

Dans le coin inférieur droit du panneau, une main malicieuse avait rajouté une inscription à la peinture noire, dans une calligraphie un peu désuète. Le graffiti avait miraculeusement résisté au passage du temps ; on pouvait y lire :

Tout contrevenant sera mis à poil sur la banquise jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Signé : Commandeur A. McKay

 

OceanofPDF.com